Durant la guerre d'Algérie, trois réservistes sont envoyés dans un bataillon disciplinaire, et se retrouvent dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils se demandent ce qu'ils font là.
Déjà, on peut saluer la décision courageuse d'Yves Boisset de faire un film sur cette guerre qui a fini moins de dix ans plus tôt, et de montrer la France sous un jour peu reluisant. Ce qui lui vaudra bien des problèmes, en plus de quelques coupes, mais R.A.S. sera en fin de compte un grand succès.
De par les conditions de tournage, les acteurs alors inconnus, c'est une production à petit budget, mais le réalisateur en tire le meilleur, d'une part de son désert (tunisien) presque lunaire, où ces soldats indisciplinés semblent chercher un ennemi -les fellaga- qu'on voit de loin, sauf l'un d'entre eux qui sera capturé et torturé à l'aide la gégène. Scène très dure, la plupart du temps hors champ, mais dont les crois de douleur remplacent aisément les images.
Et d'autre part de la puissance de ces comédiens, dont beaucoup avaient peu ou pas d'expérience devant la caméra ; Jacques Spiesser, Jacques Weber (méconnaissable), Jacques Villeret (dont ce fut le premier film), Jean-Pierre Castaldi, Claude Brosset... tous sont vraiment formidables, et ils restent dans la tension indue par l'histoire. Car inévitablement, par un tel sujet, Yves Boisset a sans nul doute un parti-pris, l'intérêt ou non de faire cette guerre, surtout dans les conditions qu'on voit ici, car ces soldats sont sans arrêt en train de marcher, de patrouiller, de chercher ce qui ne se voit pas ou ne se montre pas, et tout ça pour quoi, va jusqu'à se demander un des soldats.
Le réalisateur tire le meilleur parti en termes de mise en scène, et avec une formidable musique signée François de Roubaix qui jure un peu avec ce qu'on peut entendre dans un film de guerre. Là aussi, on dirait que nous sommes ailleurs, jusqu'à un dernier plan magnifique.
Jusqu'à aujourd'hui, le cinéma français n'ose pas trop aller sur le terrain de la guerre d'Algérie, de par le sujet sensible, mais Boisset y met ses gros sabots et en tire une des grandes réussites du genre.