Le film de Boisset est une charge violemment antimilitariste et, puisqu'il s'agit ici de la guerre d'Algérie, anticolonialiste. Ce second point n'apparait d'ailleurs qu'en filigrane car Boisset n'entre pas dans le jeu politique de l'époque. Il dénonce essentiellement le sort fait à de jeunes civils appelés sous les drapeaux: comment on les incorpore, comment on les brise et les humilie pour en faire des soldats décérébrés et les acteurs d'une cause qui n'est pas la leur.
Au sein d'un bataillon de réfractaires, certains communistes, d'autres non, le cinéaste raconte la guerre tout autant que l'embrigadement vécus par quelques conscrits représentatifs du contingent. Et le style, le ton sans concession de Boisset n'excluent pas la lucidité. Car, si les soldats sont d'abord confrontés à des officiers aussi bêtes que méchants, fachos pour tout dire, l'arrivée, en cours de film, d'un commandant digne et compréhensif, apparence respectable de l'Armée, ne modifie pas pour autant le sort des appelés. Au contraire, la plupart deviennent définitivement des soldats.
Boisset ne filme pas la guerre -on ne rencontre pas d'ennemis- mais au coeur du bled, il décrit le désarroi et la résignation des soldats, leurs cas de conscience et leur colère pour certains d'entre eux. Polémique, car l'armée française est indigne tant à l'égard des jeunes français que de ses ennemis (la passage à la "gégène"), le film n'en est pas moins sincère. Dans son ambition de montrer comment l'armée française fabrique des hommes soumis, il est aussi explicite que convaincant.