Radio Metronom fait le pari ambitieux de traiter les tourments d'une jeunesse roumaine des seventies aspirant à la liberté dans un régime guindé par un faux communisme, figé et perverti. Le titre est implicite : un vent d'espoir provenant des révolutions culturelles occidentales leur parvient par des ondes clandestines.
Déjà auteur de deux documentaires dont le second s'intitule Cinéma mon amour, le cinéaste-cinéphile Alexandru Belc a appris de ses prédécesseurs à ne pas se laisser enchaîner par son sujet. Tel The Deer Hunter de Cimino, il étire sur toute une première partie une séquence de fête afin de présenter cette jeunesse échappant au carcan familial et se regroupant afin d'éprouver la vivacité de leur corps (se mettre une race quoi). La gravité plane sur cette atmosphère de réjouissances. Puis soudainement surgit toute la brutalité de la société qui leur est faite : violences policières, dogmatisme politique, paternalisme, trahison.
La mise en scène de Belc est beaucoup trop sage pour les sommets qu'il cherche à atteindre. Son rejet évident et par ailleurs légitime de la dictature du collectivisme le pousse à un recentrement constant sur les tourments psychologiques d'une protagoniste peu intéressante. Pourquoi se recentrer sur elle d'avantage que sur les autres ? Son petit déboire sentimental justifiait-il de reléguer le reste en arrière plan ? La mise en avant de la valeur de l'individu n'exclue pas de rendre palpable son environnement matériel. Il apparaît très vite que Belc n'a ni la radicalité, ni l'assurance formelle nécessaire d'un Kechiche pour produire un cinéma entièrement centré sur les corps.
L'intérêt du film, qui vaut malgré tout le détour, réside surtout dans les longues pauses que prend l'intrigue. Belc possède un talent certain de décomposition des scènes, Il parvient à capter l'entremêlement de crudité et de sensualité qui se produit dans l'interaction de deux corps.
Le film y trouve un charme qui gagnerait en intensité si le cinéaste, moins prude, voulait lâcher la bride et, dépassant son traumatisme d'un régime n'ayant de matérialiste que le nom, s'ouvrir à la vitalité du monde.