Plonger dans Rage, c’est plonger dans une fable barbare aux accents vikings, filmée caméra à l’épaule, là où en général le cinéma russe préfère l’introspection. Et dans ce style, il y a du sang, de la hache, et des paysages désolés plein écran.
Le film s’ouvre sur une traque inlassable : Lutobor (Aleksey Faddeev) parcourt les steppes gelées à la recherche de sa femme et de son fils, enlevés par un clan ennemis. Le pitch est simple, mais efficace, et l’écriture ne triche jamais avec le rythme de la vengeance.
Ce qui donne toute sa force au film, ce sont les scènes de combat : hachées au ralenti, tournées en longs plans séquence nerveux, elles font monter la tension tout en soignant l’univers visuel — tatouages, armures, bêtes de la steppe. Le duo Lutobor–Weasel (un prisonnier scythe) instaure une alliance surprenante – cliché de la buddy movie, mais qui fonctionne, polarise l’attention, et apporte un peu de relief humain.
Visuellement, c’est un régal. Entre les décors criblés de neige, les costumes baroques, le tournage en Crimée qui donne des images d’une beauté sauvage… le réalisateur marque des points .
Côté musique, le mélange ambiant métal et lyrique peut dérouter — parfois trop alourdi — mais colle à l’esprit brut du film .
Maintenant, le talon d’Achille de Rage : l’intrigue manque cruellement de suspense. Dès les premières scènes, on devine le commanditaire, la dynamique générale, et même la fin plan-plan. Et si les combats sont évocateurs, on regrette que le scénario ne creuse pas plus les enjeux historiques et mythologiques de l’univers scythe.
Mais est-ce ce que l’on attend vraiment ? Loin d’être un discours guerrier sur l’histoire, Rage est avant tout un voyage initiatique brutal. Là où Hollywood épuise, ce film s’affirme : pas de fioritures, pas de faux-semblants, juste une quête impulsée par la rage et la détermination.
Pour qui aime le cinéma russe autre que contemplatif, pour ceux qui cherchent un spectacle d’action atypique et coloré, Rage remplit pleinement son rôle. C’est un spectacle généreux, visuel, unique dans sa manière de fusionner heroic fantasy et barbarie nordique — sans prétendre réinventer le genre.
Ma note : 7/10
Une expérience sauvage, un divertissement viscéral, imparfait mais audacieux – à voir pour ceux en quête d’un cinéma d’action « hors cadre ».