Une vieille femme enlève la princesse Raiponce quand elle n'est encore qu'un bébé car elle a découvert que la chevelure de l'enfant a le pouvoir magique de la faire rajeunir.Lui faisant croire qu'elle est sa mère,elle l'élève dans la terreur du monde extérieur et la séquestre en haut d'une tour perdue au fin fond de la forêt.Mais la fillette grandit et lorsqu'elle a 18 ans commence à avoir des velléités de découvrir ce qu'il y a au-delà de son monde confiné à la Macron.L'irruption de Flynn Rider,un voleur en cavale,va lui fournir l'occasion de s'évader.Ce Disney millésime 2010 est un grand crû.Réalisé par Byron Howard,qui fera "Zootopie" en 2016,et Nathan Greno,deux très bons animateurs maison,et produit par le légendaire directeur artistique de chez Pixar John Lasseter,il bénéficie en outre d'un scénario et de dialogues admirablement écrits par Dan Fogelman.Formellement,on nage dans la qualité démentielle de l'animation moderne avec une authenticité parfaite dans l'animation qui recrée les gestes et les expressions faciales des personnages de manière hallucinante,le film étant sublimé par des mouvements de caméra d'une efficacité semblable à celle d'un live.Cadencée par un rythme qui ne faiblit jamais,l'histoire nous entraîne dans des lieux très variés et originaux,avec parfois des références judicieuses et bien intégrées à l'intrigue qui citent "Mission impossible","Indiana Jones" ou "Le fugitif".Le script s'appuie sur des bases classiques qui ne sont pas sans rappeler "Blanche-Neige" mais sait trouver sa propre voie entre comédie romantique,tragédie et aventures......échevelées!Alternant ces différentes options,le scénario parvient également à faire exister de beaux personnages et à développer intelligemment leurs rapports.Le principal est bien sûr Raiponce,emblématique de la princesse d'animation contemporaine,à la fois victime du mauvais sort et combative.Envoyée grandir dans les bois en ignorant sa véritable identité,comme Blanche-Neige,enfermée dans une tour,comme Fiona dans "Shrek",affligée d'un super pouvoir encombrant,comme Elsa dans "La reine des neiges",autre production Lasseter qui sortira trois ans plus tard,elle est la synthèse de toutes ces héroïnes,mais en mieux.Car cette jeune fille a un atout supplémentaire,sa solarité.Non seulement elle est d'une beauté frappante,mais son enthousiasme naïf,sa gentillesse intrinsèque et sa candeur désarmante font fondre même les coeurs les plus durs.Comme elle est en plus intelligente,travailleuse et courageuse,difficile de ne pas être conquis.Pourtant Flynn ne l'est pas d'emblée car ce lascar play-boy n'est intéressé que par le butin qu'il vient de dérober.Du coup,les rapports entre les deux jeunes gens vont évoluer progressivement tout au long du film selon les codes de la romcom avec ce couple qui commence par se détester avant de se séduire à mesure qu'il apprend à se connaître,la fille,évidemment beaucoup plus fine que le garçon,comprenant la première qu'un amour est en train de naître.L'histoire est très maîtrisée et les tourtereaux voient leurs relations régulièrement assombries par de nombreux dangers et ils vivront des évènements dramatiques dont ils devront triompher.Les dialogues,extraordinairement justes,sont essentiels dans la conduite de péripéties imaginatives,tandis que les side-kicks marrants,d'une expressivité bluffante,font merveille sous les traits de l'ombrageux cheval Maximus et de l'adorable caméléon Pascal.Autre signe des temps,la sexualisation étonnante des héroïnes Disney.Ca se poursuivra dans "La reine des neiges" et ici Raiponce est d'une sensualité assez réaliste,entre décolletés osés et courbes suggestives soulignées par le rendu sidérant des étoffes légères qui les moulent.Et puis il y a aussi un thème important qui est traité derrière les péripéties mouvementées,celui du refus de vieillir consubstantiel à nos sociétés imprégnées du culte du jeunisme.Gothel,qui est ici l'équivalent des sorcières et des marâtres des contes de fée,est obsédée par le désir de conserver sa jeunesse et prête à tout pour y parvenir,ses manoeuvres perfides se révélant réellement inquiétantes.Bref,il s'agit là d'un spectacle total où technique et fond narratif se mêlent harmonieusement pour aboutir à un résultat enchanteur qui évite la mièvrerie trop souvent caractéristique de ce genre d'oeuvre.On peut regretter quelques facilités scénaristiques au début et à la fin du film,ainsi que des chansons encore une fois pas terribles,mis à part le "J'ai un rêve" de la taverne des brigands ou le joli duo de Raiponce et Flynn sur la barque lors du lâcher de lanternes.Le doublage français est assuré avec brio par Isabelle Adjani en Gothel,Romain Duris en Rider et surtout la chanteuse Maeva Méline dont la voix s'identifie totalement au personnage de la princesse.