La splendeur des paysages et la magnificence de la photographie n’empêche nullement le film d’être éminemment politique. Le film est à la fois sensoriel, musical, coloré et dépaysant. Feliciano, jeune éleveur d’alpagas est un petit garçon de huit ans, souvent seul au milieu de paysages d’une beauté à couper le souffle. La nuit, il dort dans une maisonnette rudimentaire dans les alpages. Lorsqu’il rentre chez lui, on le voit dévorer la soupe concoctée par sa mère, à côté du feu qui crépite et éclaire magnifiquement la maison rudimentaire de la famille. Pour amis, Ronaldo, son alpaga et son chien Roméo. Comme tout enfant, il a un rêve et pour lui, ce sera de savoir que le Pérou soit qualifié pour la coupe du Monde. Lors de la tonte des alpagas à laquelle il participe, il s’arrange pour que son alpaga ait un look ressemblant à Ronaldo dont il arbore fièrement la photo récupérée sur un vieux magazine. On sourit. Feliciano rêve de ses copains et les imagine jouant au foot avec lui sur un terrain désertique où il s’entraîne seul. Lorsqu’il franchit une salle de classe laissée à l’abandon, il imagine deux fillettes assises, l’une plutôt pipelette et l’autre silencieuse qu’il installe à des tables plus utilisées depuis longtemps. Il déroule une mappemonde laissée à l’abandon sur le mur de la salle de classe et pointe du doigt, sur la carte, le Pérou puis la Russie, s’imaginant déjà champion de la fameuse coupe du Monde. Lorsqu’il dort ou se balade seul à proximité du lac et des torrents, il imagine avoir à faire avec une bête féroce rôdant ça et là. On ne sait pas trop si les rêves du petit garçon sont des réminiscences d’un passé récent ou la réalité d’une région abandonnée de tous. Durant un long moment le film nous scotche devant un lac, la Cordillère des Andes au fond, ses pentes enneigées, la rudesse et l’âpreté des vallées désertiques, le ruissellement de l’eau, les reflets dans l’eau du lac, de lui et son alpaga, des couchers de soleil à tomber, l’obscurcissement d’un coup du ciel aux nuages menaçants puis la réapparition d’un ciel plus clément et moins nuageux, le bruissement des herbes et le son à peine audible d’une flûte, sans oublier le feu, qu’il provienne de l’âtre de la maison ou d’ailleurs. Puis, brusquement la réalité revient à la surface. Feliciano et ses parents se rendent à pied en ville pour assister au match et des hourras surgissent : Le Pérou est qualifié face à la Colombie. Sur le chemin du retour, la petite famille croise deux motards roulant à toute vitesse et vont découvrir hélas le massacre et l’egorgement de plusieurs alpagas. Ils partent à la recherche des leurs. Le petit garçon erre, sans retrouver ni son chien ni son Ronaldo. Il implorera Auki Taya et lui laissera une offrande afin de retrouver son animal favori. Et le miracle se produira. Arrive ensuite la rébellion des habitants de cette contrée face à l’arrivée des travailleurs de la mine, contre lesquels ils organisent un barrage pour les empêcher d’envahir ce qu’ils estiment être leur territoire, leur environnement. La police arrive mais la liesse emporte ouvriers, policiers et autochtones en raison de la coupe du monde remportée par le Pérou..Un très beau film à tous points de vue. Amoureux et amoureuses de photographie y trouveront leur compte. Authenticité et simplicité d’une communauté andine en voie de disparition. Réalisateur à suivre.