Quand tu s'ras mort, j'pourrai avoir tes bottes ?

Durant les premières minutes de Rango, le spectateur se demandera sans doute où diable il a mis les pieds. C'est que l'oeuvre démarre à mille lieues du western parodique promis par la bande annonce. Et voir un saurien asymétrique cabotiner à la manière de l'acteur qui lui prête sa voix a quelque chose d'à la fois déroutant et séduisant, poussant à en découvrir plus.


Passée une séquence hallucinante et spectaculaire voyant le caméléon se libérer malgré lui en plein trafic routier, le western contamine peu à peu l'écran, par le biais de l'arrivée de l'étranger en chemise hawaïenne dans une ville-poussière peuplée non pas de cowboys et de renégats, mais par les animaux du désert les plus variés, tous superbement représentés, pas uniquement là pour remplir le décor. Merci Crash McCreery, qui avait déjà embarqué à bord du Black Pearl de la saga Pirates des Caraïbes, dont les recherches graphiques merveilleuses donnent littéralement vie la faune de ces personnages, pas très kid's friendly cependant, faisant de Poussière un véritable univers foisonnant.


Cette représentation animalière permet dans un premier temps à Gore Verbinski de se distancier par rapport au genre western, tout en en reprenant les codes, les passages obligés, les décors, les figures, l'intrigue. Et en l'habillant d'un humour parfois étrange mais toujours agréable et vivifiant. On sent le réalisateur investir son sujet avec gourmandise et se faire plaisir au cours de scènes d'action nerveuses et ébouriffantes, à l'image de cette poursuite dans un canyon à dos de chauve-souris et au rythme de la Chevauchée des Valkyries.


Mais à mesure que l'oeuvre avance, elle délaisse quelque peu l'humour des débuts pour épouser peu à peu la forme du western classique. Elle convoque même le mythique esprit de l'Ouest via une des plus grandes figures de ce genre cinématographique, donnant à la chevauchée de Rango des allures méta autant surprenantes que bienvenues. Elle en reprendra pour finir les principaux ressorts lors de la résolution de l'intrigue.


Verbinski livre avec Rango une oeuvre qui joue sur plusieurs registres, au risque que le cheval s'emballe et désarçonne le spectateur. Mais c'est ce qui en fait tout le prix. Extrèmement beau et fouillé, rivalisant avec les oeuvres des studios poids-lourds de l'animation, le film navigue entre détournement, références et hommages tout en suivant son propre chemin, tout aussi animé qu'endiablé, au son des guitares de mariachis contant sa légende. Caramba !


Behind_the_Mask, qui boit du venin de serpent tous les matins au p'tit déj'.

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le 26 juin 2015

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