Je ne m'attendais pas à devoir étriller un film de Steven Spielberg, et encore moins une ode à la pop culture des années 80, mais il va falloir se rendre à l'évidence, ce monument clinquant bourré de références régressives souffre d'un certain nombre de défauts accablants, que ses indéniables qualités techniques ne parviennent pas à gommer. A vrai dire, vouloir rendre un hommage appuyé à une époque, ça entraine immanquablement le risque de ne faire que citer des références sans parvenir à dominer son sujet, et, de fait, on se retrouve là devant une sorte de catalogue pléthorique de références (Buckaroo Banzaï, Terminator 2, Duran Duran, Gremlins, enfin, vous voyez le genre...) qui, s'il fait indubitablement plaisir au connaisseur, se contente hélas d'aligner les clins d’œil sans parvenir jamais à élever le débat. Car rien n'est véritablement neuf, dans ce bric-à-brac tape à l’œil. Même le jeune héros, sorte de Spielberg en chrysalide, a une tête de déjà-vu et assume en tous points un cahier des charges usé jusqu'à la corde, entre Marty Mc Fly et Billy Peltzer. Ses acolytes sont autant de clichés éculés que rien ne vient sauver du marasme. Et puis, c'est bien connu, quand le méchant est raté, le film est raté (pour autant qu'on considère la présence d'un méchant encore indispensable de nos jours, mais je ne lance même pas le débat...), et dans le cas qui nous occupe, comme dans celui de La forme de l'eau, le bad guy est, dans le catalogue de ses semblables, une version cheap de ce qui se fait de pire. Le dénouement repose sur des ressorts psychologiques, notamment de sa part, si invraisemblables qu'on pense à la coda d'un morceau d'Yves Duteil. Bref, tonton Steven cachetonne, se laisse submerger par les moyens en oubliant les fins, et signe là un poncif monumental, désincarné et creux qu'on efface de sa mémoire aussitôt les portes du cinéma franchies. Et qu'on m'épargne le couplet moisi sur la nécessité de préserver son âme d'enfant, par pitié : la mienne scintille au firmament du Pays des Merveilles. Finalement, la seule impression durable dans ce ratage qui valait trois milliards, c'est cette interrogation majuscule à propos du réalisateur de La liste de Schindler... quel genre de personne peut à la fois signer ce plaidoyer déchirant au sujet de l'Holocauste et une pantalonnade aussi vide que ce Ready Player One ? Combien sont-ils, là-dedans ? Franchement, j'en vois au moins un qui mériterait un avis d'extradition dans les règles...

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le 29 avr. 2018

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