En 1973 avait été diffusée la première émission de téléréalité, An american family, qui suivait la vie d'un couple et de ses cinq enfants durant dix épisodes ; le succès avait été immense, en plus de susciter la curiosité de manière sociologique. Un philosophe comme Jean Baudrillard s'était même intéressé au phénomène.
Son impact sur la société sera considérable, au point que l'acteur et comique Albert Brooks va décider d'en faire le thème de son premier film comme réalisateur, qui parodie l'émission. A savoir suivre durant une année une famille ordinaire, les Yeager, à l'aide de caméras disséminés dans la maison et de cameraman, ainsi que par la présence du producteur, joué par Albert Brooks, et dont son personnage s'appelle... Albert Brooks ! Seulement, l'interventionnisme de ce dernier dans le show va être de plus en plus important, jusqu'à intervenir dans la vie de la famille.
Il est fou de constater que Albert Brooks va ainsi reprendre des codes de la téléréalité avec des décennies d'avance, voire à s'en moquer, car les cameramen portent littéralement leur caméra à la place de leur tête, comme s'ils avaient une combinaison : une sorte de Dziga Vertov des années 1970 ! C'est très drôle, voire parfois méchant (voir le rôle des psychologues qui sont de plus en plus consternés par l'émission), avec des scènes où par exemple l'équipe de tournage s'introduit dans le cabinet du vétérinaire joué par Charles Grodin afin de filmer une opération sur un cheval, le tout sans aucune éthique ni délicatesse pourvu qu'on ramène des choses trash. Ou alors à provoquer des émotions dans la famille, jusqu'à ce que l'interventionnisme d'Albert Brooks va aller trop loin et mettre littéralement le feu aux poudres.
Le film est inédit en France, ressorti de l'oubli grâce à Criterion, mais il faut saluer le flair de Brooks à raconter cette histoire visionnaire en diable, qui raconte en quelque sorte notre époque avec des décennies d'avance, et ce avec justesse, parfois avec méchanceté, mais c'est vraiment jubilatoire.