Dusty est accablé. Son ranch vient d'être anéanti dans un incendie qui a ravagé une partie du Colorado. Relogé sur un terrain où quelques mobil-homes ont été mis à la disposition des sinistrés par la FEMA (Agence responsable des situations d'urgence aux Etats-Unis), il a dans un premier temps du mal à réaliser qu'il peut compter sur son ex femme remariée, son ex belle-mère, sa petite fille Callie-Rose qui vient parfois passer du temps avec lui mais aussi sur ses compagnons d'infortune dans la même situation que lui. Complètement anéanti par l'évènement Dusty pense partir dans le Montana pour trouver du travail et tenter de "refaire sa vie".
Le très britannique Josh O'Connor plus taiseux que jamais traîne sa grande carcasse affligée parmi les arbres calcinés de son ranch. Il porte le stetson à ravir et semble avoir pris racine parmi ces grands espaces qui au-delà de la désolation offrent un spectacle exceptionnel. Il faut pour cela regarder plus loin que l'horizon. Il faudra du temps à Dusty pour comprendre que sa petite fille (merveilleuse Lily LaTorre pourtant attifée et coiffée comme l'as de pique) qui a toujours une lecture en cours et rêve de devenir cow-boy comme papa et à qui il croit ne rien pouvoir apporter, est un baume miraculeux sur ses plaies d'homme blessé. Du temps également pour ouvrir les yeux sur ce et ceux qui l'entourent aussi éprouvés que lui. Et comme l'aide de l'Etat est courte et éphémère découvrir ce que solidarité et entraide signifient.
Il y a du Chloé Zao et du Kelly Richardt dans ce cinéma élégiaque et doux où la nature donne et reprend, où la nature humaine (pas UN seul "méchant" ici) surprend, rassure et comprend. L'Amérique profonde n'est pas composée que de rednecks-maga-trumpistes mais aussi de braves gens qui ne veulent pas déranger, ont fait de l'empathie leur base existentielle et se bagarrent pour survire.
La forme est belle, le fond est doux. Un film rare.