Situé dans le Los Angeles de 2029, Timur Bekmambetov imagine un système judiciaire entièrement confié à une intelligence artificielle baptisée « Mercy ». Le point de départ est efficace : un policier, accusé d’un crime, doit prouver son innocence face à une IA qui calcule en temps réel sa probabilité de culpabilité. D’un côté, un thriller tendu, ludique, structuré par un compte à rebours. De l’autre, une potentielle réflexion sur notre désir contemporain d’objectivité algorithmique.

Bekmambetov choisit le temps réel : 90 minutes pour convaincre la machine. Ce compte à rebours inscrit la justice dans une temporalité néolibérale de la performance : l’innocence devient une démonstration à optimiser. La tension naît précisément de ce "Guilty Meter" mais le film n'en fait qu'un gadget scénaristique.

Pour prouver son innocence, la mise en scène adopte la logique du screenlife. Bodycams, drones, téléphones, caméras urbaines : le réel est toujours déjà un fichier. L’enquête consiste alors à naviguer dans un « Municipal Cloud » omniscient. Mais la prolifération des écrans finit par neutraliser la critique, en devenant son prolongement spectaculaire.

Le choix de Chris Pratt pour incarner le policier accusé est, en théorie, stimulant. Héros d’action habitué à la mobilité, il est ici sanglé à une chaise face à un hologramme judiciaire. Pendant un temps, le film tient cette idée avec rigueur. Puis il cède à une escalade d’action plus conventionnelle, moins efficace. Face à lui, l’IA Judge Maddox. Son visage impassible, ses micro-dysfonctionnements, donnent une matérialité à l’abstraction algorithmique. La phrase qu’elle prononce « Human or AI, we all make mistakes » condense l’ambiguïté du film mais le scénario préfère rapidement déplacer ce conflit vers la révélation d’un biais technique.

En somme, Mercy pose indéniablement des questions justes mais il s’empresse de les refermer. Il en résulte un divertissement solide, rythmé, dont l’efficacité tient aussi à cette prudence.

cadreum
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le 25 févr. 2026

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