En famille par un samedi après midi caniculaire, la maitresse de maison lança l'idée d'aller nous réfugier à l'intérieur de ladite maison qui, construction ancienne et isolation moderne obligent, garde admirablement la fraicheur. Nous venions de converser longuement du mérite des frères Coen, chacun proposant sa propre hiérarchie de l'oeuvre des frangins, et tous s'accordant pour reconnaitre qu'aucun de leurs films n'était mauvais. Logiquement, on se proposa donc de finir l'après midi et au frais et devant un bon film, chose pour laquelle j'étais peut etre le plus enthousiaste. Est-ce la chaleur précédemment endurée, est-ce la fatigue consécutive, est-ce les vapeurs de (bons) vins persistantes, est-ce les trois, toujours est-il qu'on me proposa de visionner "RED"... desdits frères Coen (!!), en m'assurant que j'en apprécierai l'humour, les rebondissements et le rythme.
A peine avions nous commencer ce visionnage, qu'à mon grand regret il fallut bien rendre à Robert Schwentke ce que des étourdis avaient attribués à la famille Coen; passons la dessus, deuxième déception presque immédiate, en tete d'une plutot belle distribution (Malkovich, Morgan Freeman et la toujours séduisante Helen Mirren) figurait le trop fameux et bien trop bancable Bruce Willis. Pourquoi tant de haine ? Parce que POUR MOI, le Bruce c'est juste un type testostéroné dont le principal "mérite" est de parvenir à émouvoir un public de préadolescentes boutonneuses, en pleine découverte de plaisirs intimes encore balbutiants. C'est une baudruche qui est parvenu tant bien que mal à se hisser juste au dessus du pauvre Sylvester Stallone, dont le ridicule des roles de ce dernier et l'air niais de ses personnages n'ont d'égal que sa réelle curiosité artistique et sa gentillesse. Enfin, le Bruce Willis, c'est encore le type que s'évertue à copier sans succès l'à moitié demeuré Steven Seagal, lui meme un gugusse à qui personne n'aurait osé donner le moindre role dans le moindre téléfilm sans budget en France ou en Europe, et ça, ça fait peur ! Brice de Nice, pardon, Bruce Willis, je ne l'ai trouvé bon qu'une et une seule fois dans toute sa pourtant pléthorique carrière, c'était dans "Pulp fiction", c'est à dire il y a fort longtemps et parce que c'était du second degré...
Bon, j'essaie de cacher ma déception, et surtout de "rentrer" dans le film avec la meilleure volonté possible, ce qui croyez le bien n'était pas facile. Et là, comme dirait l'autre, c'est le drame ! Nous voila parti pour presque deux heures de vroom vroom pan pan, de pyrotechnie, de cabossage de bagnoles, de concours de pseudo virilité d'un niveau proche de l'affrontement de cervidés males cherchant les faveurs de la femelle en rut, le tout bati (est-ce le verbe qui convient ?) sur un scénario(?) dont l'invraisemblance n'a guère d'égal que dans ceux des "James Bond" ou le but est tout autre, ou dans les pires thrillers de gare. Idem pour les multiples rebondissements, dont les tenants et les aboutissants ont encore moins de vraisemblance que l'ensemble du scénario, et je n'ai pas encore parlé en détail des scènes d'action: ainsi, vers le milieu du film, quand je vois John Malkovich intercepter et détruire une "roquette" en tirant dessus au revolver, là je me dis que finalement il s'agit bien d'un exercice de parodie des films d'espionnage (qui si c'était le cas serait pour le coup une réussite !). Mais non ! Autour de moi on me dit qu'il faut etre bon public, jouer le jeu, savoir rentrer dans un film, etc, etc. J'en arrive aux acteurs, pour qui l'on se demande bien ce qu'ils sont venu foutre dans cette galère: bon, pour l'inénarrable Willis, pas de questionnement, il est dans son élément, il a passé sa carrière à gacher son talent dans ce type de "téléfilm" de série Z, donc pas de réelle surprise, mais quand meme la confirmation qu'il est incapable de faire transparaitre du sentiment à l'écran(ah oui, parce que j'ai oublié de vous "dire" qu'il y a une "histoire d'amour" au milieu de ce m.....r !); la grande Helen Mirren, elle, joue sans la moindre conviction (comment pourrait-il en etre autrement ?) et ai donc venu juste cachetonner; Mary Louise Parker essaie de croire à son role, autrement dit de remplir une mission quasi impossible et on ne la blamera donc pas, et Karl Urban ne sait pas jouer. Reste Morgan Freeman; j'aime cet acteur, souvent touchant et très investi, mais avec ce bémol que l'on a toujours l'impression qu'il est confiné aux memes roles d'un film à l'autre. C'est encore le cas ici, et, cerise sur l'insipide gateau, comme c'est le seul Afro Américain chez les bons et que l'un de ceux ci doit se sacrifier pour sauver tous les autres, devinez quoi, eh ben c'est lui qui meurt... J'allais oublier ! Comme dans tout film américain qui se respecte(et pas seulement pour les nanars !), tout est bien qui fini bien(la trop fameuse happy end) et ils se marient et auront beaucoup de petits zespions bien patriotes, sauf encore une fois pour Morgan Freeman, mais bon, il est vieux et noir, hein ! "Un bon petit film" plein d'action et bien propre sur lui, parce que oui, il y avait bien un méchant méchant politique, mais à la fin il perd ! Une grande oeuvre qui figure certainement en excellente place dans la vidéothèque de Donal' Trompe. J'ai souri une ou deux fois, et j'ai ri (un peu) à la toute dernière scène.
PS: Je suis vieux, parce que les trois quarts des jeunes ont aimé ce navet, et qu'ils lui ont juste reproché de... manquer d'action (!), là ou moi je me sentais saturé de vroom vroom pan pan boum...