Le monde est divisé en trois catégories, ceux qui gagnent les concours SensCritique plusieurs fois d'affilés en repartant avec des blu-ray, ceux qui gagnent les concours une seule fois, et les autres… étant quelqu'un de super fort, mieux que ça même, surpuissant, je fais bien évidement de la première catégorie… ce qui d'une certaine manière fait que l'on peut aisément me comparer à un influenceur en carton corrompu par SensCritique (mais n'ayant aucun amour-propre, ceci ne me dérange pas).
Plus sérieusement, avant son visionnage, Red Rocket n'avait pour ainsi dire rien pour me plaire : Sean Baker était un inconnu au bataillon, Simon Rex un acteur de Scary Movie, et enfin, le sujet du film, la pornographie, est un peu un truc dont je me branle (lol mdr, abonnez-vous et mettez un j'aime à cette critique !)… heureusement, j'étais dans l'erreur. Déjà, j'aime bien le personnage de Mikey Saber, une ancienne star du porno interprété par Simon Rex (qui a vraiment fait du porno gay en début de carrière[1]), on s'attend à voir un type à embrouille et finalement, bien que ce soit le cas, il arrive à tout juste bien doser pour se faire détester à chaque fois qu'on commence un minimum à l'apprécier.
Aussi, je trouve intéressant la manière dont Sean Baker et Simon Rex ont voulu laisser un flou le concernant. On a du mal à savoir parfois si sa figure se rapproche plus de celle du pervers narcissique, de l'"escroc, optimiste invétéré et arnaqueur total" (je reprends ici directement les mots de Simon Rex) ou du gamin qui n'aurait pas évolué. Le réalisateur n'a très clairement pas voulu nous présenter des personnages manichéens et cela se ressent durant l'intégralité du long-métrage.
À ce sujet, concernant les autres personnages, le film parle de l'Amérique de Trump, des "white trash". Il y a par exemple cette scène, que je trouve d'une beauferie ultime, dans laquelle Mikey roule des clopes avec des feuilles aux couleurs du drapeau étasuniens devant un discours de Trump. Aussi, la première chose que fait l'un des personnages du film le matin, tout juste après s'être réveillé, est de s'allumer une clope devant une émission télévisuelle bien naze, du genre celle où un pseudo-procès est filmé et dans laquelle le public hue toutes les trente secondes.
Cependant, j'ai beau être méprisant envers cette communauté, le film n'est pas à charge contre cette Amérique-là puisqu'y est surtout dépeint une population pauvre (car délaissée), et dans laquelle, parents et enfants (qui ont pourtant bien la quarantaine) vivent ensemble. En fait, on finit même par s'attacher à l'endroit, et aux gens qui y habitent, par moment.
Sinon, j'apprécie la manière dont Sean Baker traite de la pornographie. Déjà, il ne passe pas son temps à nous montrer du cul (si c'est ce que vous voulez, sachez que cette critique possède deux annotations à propos), mais préfère parfois en rigoler, souvent en parler sérieusement. Je trouve par exemple hilarante la scène dans laquelle il recherche un emploi et finit tôt ou tard par avouer aux recruteurs qu'il est une ancienne star du porno, avant de carrément leur donner son nom d'acteur X ainsi que le titre de certaines des vidéos, non sans éprouver une certaine fierté (et bien évidement vous vous doutez qu'il se voit refuser les jobs à cause de ça).
Mais comme dit à peine quelques lignes plus haut, Simon Baker traite aussi du sujet plus sérieusement. D'ailleurs, la scène avec les recruteurs que je viens de décrire se révèle plutôt noire en fait, le film affirmant très clairement qu'un retour à la vie normale étant impossible pour les anciennes stars du porno. En outre, on retrouve aussi ce côté "hommes qui vivent au crochet des femmes" (les acteurs étant, vous vous en doutez, moins bien payés que les actrices), notamment via la relation entre Mikey et Strawberry, interprété par Suzanna Son (qui avait naguère un compte OnlyFans[2]), qui par dans toutes les directions en même temps.
Bref, une très bonne surprise ! Peut-être un poil plus longuet lors de sa seconde partie, mais tout de même bien rythmé dans l'ensemble, et surtout, bien plus intelligent qu'il n'y parait.
[1] J'ai d'ailleurs regardé, sans aucun plaisir, un extrait de Young, Hard, & Solo #3 (cette anecdote est vraie)
[2] J'ai aussi regardé, avec un minimum de plaisir cette fois-ci (mais pas trop non plus), quelques photos leakés de cette chère StrawberryButcher, son nom dans le film étant directement calqué sur son nom d'actrice X (cette anecdote est vraie aussi)