Red State
6.1
Red State

Film de Kevin Smith (2011)

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Généralement à l’œuvre dans le créneau de la comédie lourdingue ou vaguement indé, Kevin Smith s’attaque ici à un sujet d’inspiration horrifique, en imaginant le kidnapping de trois ados par une communauté chrétienne radicale bien décidée à éradiquer le péché de ce bas monde.


Hormis un budget clairement fauché, Smith s’impose d’autres contraintes qui vont infuser une œuvre assez étrange, et qu’on a tendance à apprécier surtout pour ses pas de côté. Car dans l’ensemble, le rythme inégal, les enjeux désactivés et des personnages dont on se préoccupe peu ne convainquent guère. Certes, le portrait à charge du fondamentalisme chrétien fait toujours effet, mais, malheureusement, les JT américains suffisent pour en prendre la température. L’acidité devient néanmoins plus intéressante à partir du moment où l’on tire à boulet rouge sur tous les partis en présence : des ados décérébrés dont les neurones semblent logés dans leur entre-jambe, un shérif rongé par l’alcool et la culpabilité de ses escapades homo sur les bas-côtés, et des agents à qui on va donner l’ordre de massacrer hommes, femmes et enfants pour masquer une bavure et éviter la paperasse.


C’est là que se disloque le récit original, dans une écriture assez déconcertante, puisqu’elle annonce quelques sentiers balisés (la bande de copains, la communauté fermée et effrayante, la perspective d’une tuerie presque rituelle) avant de bifurquer brusquement.


Smith joue d’abord sur l’arythmie, avec une scène de prêche démesurément longue (on comprend que Tarantino ait adoubé le film…) dans un film pourtant très court, convoquant toute la rhétorique fanatique et les procédés de l’emprise, avant de condamner de manière assez abrupte tous ses candidats à l’héroïsme. La corruption généralisée ne sauvera personne, et l’émotion n’est donc jamais en mesure d’épaissir les personnages, qui obéissent à leur instinct de survie, à un gourou ou à la hiérarchie. Le traitement, sans musique, refuse donc tout lyrisme ou sens du romanesque, alternant les fusillades elles aussi irrégulières, les discussions cyniques les impasses de toute résolution salvatrice. L’étonnante parenthèse des trompettes de l’apocalypse ménage ainsi un trou d’air assez jubilatoire, même s’il sera lui aussi volontairement gâché par un épilogue aux explications foireuses : dans la Babylone du Patriot Act, la transcendance est, définitivement, la grande absente.

Sergent_Pepper
6
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le 12 mai 2021

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