Un film choral québécois autour d’une fusillade ? Bon sang, mais c’est bien sûr, le formidable Polytechnique de Denis Villeneuve, quand le cinéaste n’enquillait pas encore les blockbusters. Mais non, rien à voir avec Rédemptions de Luc Picard, qui n’en signe pas moins l’un de ses longs métrages parmi les plus ambitieux. L'aspect collectif, en dépit du nombre important de personnages, ne noie jamais l'intérêt et l'émotion va même crescendo, dans une valse continue entre Montréal et Paris. Les individus sont ainsi portraiturés dans l'immédiateté, puisque le film se déroule pendant une seule journée, et exercent des métiers très différents, mais c'est leur personnalité, et sans doute leur rapport aux autres, voire avec la mort, que Luc Picard souligne, se permettant même une mise en abyme. Les parallèles entre leurs existences pourront paraître un peu forcées, par endroits, mais c'est le jeu de ce genre d'œuvre qui sait aussi faire preuve de légèreté, à l'occasion. Passer d'un univers et d'une ville à l'autre, loin de nuire à la vérité du récit, lui confère plutôt de la puissance et de la profondeur, avec une certaine homogénéité dans l'esprit. La violence est bien présente, bien qu'en vérité, elle serve de déclencheur, car elle débouche sur une suite de croquis d'une humanité qui a besoin de se réchauffer, dans les rencontres et les échanges parfois inattendus. Dans un casting remarquable, la présence de Gérard Lanvin, loin d'être anodine, s'intègre parfaitement à la philosophie générale d'un film joliment agencé et chaleureux.