Cela fait presque quinze ans maintenant. Quinze ans qu’Hélène Cattet et Bruno Forzani ont déboulé dans le paysage cinématographique avec, à leur actif, quatre longs métrages revisitant de façon ultra maniériste (dans le sens où les deux réalisateurs ont fait leur l’art et la manière de transcender, de questionner les codes esthétiques imposés des films qui les émoustillent) et fétichisée à mort les genres souvent les moins bien considérés : le giallo, le polar bis, le western spaghetti et, cette fois-ci, l’Europsy et le Fumetti neri. Cette fois-ci donc, il s’agit d’une histoire d’ancien espion en villégiature sur la Côte d’Azur (Fabio Testi, icône du cinéma italien de seconde zone, parfait en clone de Sean Connery sur le retour) qui, soudain, croit voir ressurgir ses ennemis jurés (entre autres la redoutable et insaisissable Serpentik). Entre présent et passé, entre doutes et fantasmes, le voilà qui s’égare dans les méandres de sa mémoire, y redécouvrant ce qu’a été (ou n’a pas été ? Ou a peut-être été ?) son existence trouble d’impitoyable agent secret.

Alors forcément, avec un titre pareil, sensuel et vénéneux à souhait, évoquant un James Bond oublié des années 60/70, Reflet dans un diamant mort invite à se laisser aller, avec délice, dans son univers halluciné et référencé. Et, à travers son récit, rend hommage à tous ces agents secrets de la pop culture (OSS 117, Matt Helm, Coplan, Dick Malloy…) portant le smoking avec classe, aimant siroter un cocktail (un Vodka Martini au shaker et non à la cuillère ?) dans un luxueux palace tout en combattant, quand il le faut, le crime. Un récit qui dynamite le genre en un kaléidoscope infernal où Cattet et Forzani, visiblement très inspirés (comme d’habitude chez les deux réalisateurs, superbe travail sur le son, le montage et les lumières), explorent à chaque plan, et jusqu’à l’excès (mais on aime l’excès chez ces deux-là), leur veine expérimentale et psychédélique.

Problème : à force d’incessantes chausse-trappes et mises en abyme narratives, de tant de jeux de masques et de jeux de dupes, de multiples glissements entre réel et fiction, entre vie et art, le scénario ronronne, se conforte, se bloque dans son dispositif labyrinthique sans chercher à nous surprendre autrement. On comprend que Cattet et Forzani s’ingénient à fuir toute linéarité trop marquée (évoquant Satoshi Kon ou Lost highway), à ne jamais brider l’interprétation du spectateur, à légitimer sa place à l’intérieur du film pour qu’il puisse l’inventer et le construire à sa façon, mais l’intention finit par se retourner contre elle quand elle n’apporte plus, audit spectateur, qu’une forme d’ennui et de détachement.

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mymp
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le 30 juin 2025

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