Gunfight at the O.K. Corral est un grand film de solitudes qui représente avec puissance la difficulté à vivre en société et à défendre des valeurs communes, impliquant en contrepartie un décentrement et une remédiation aux pulsions et névroses individuelles. John Sturges prend soin de composer des couples ou des binômes antinomiques que les situations traversées ou les sentiments enfouis rapprochent malgré tout ; dès lors, il fait planer sur la fraternité véritable l’ombre du désastre, et le dernier segment du long métrage, minutieux compte à rebours, mobilise les codes de la tragédie antique en franchissant les barrières, en transgressant les frontières entre la justice et le chaos pour se venger.
Le mal nommé Doc Holliday, alcoolique qui passe son temps à jouer aux cartes en toussant, suit un parcours ambigu, fait de hauts et de bas ; il se montre autant influencé par Wyatt Earp qu’il influence ce modèle – l’attraction exercée par la bouteille de whisky aura raison du justicier, enchaînant les shots à tour de rôle. Nous ressentons, derrière les carapaces viriles, l’angoisse profonde devant un quotidien marqué par la violence que l’on traverse dans l’immédiateté de son présent. « Tous les flingueurs sont seuls, ils vivent dans la peur », affirme Burt Lancaster au jeune Dennis Hopper. Dès lors, la ligne d’hommes de loi marchant ensemble à l’unisson – que nous retrouverons dans The Magnificent Seven en 1960 – symbolise la force d’un collectif pour un temps galvanisé par l’énergie de la vengeance. Détour par le chaos afin de rétablir l’ordre et de tirer sa révérence. Ultime reprise du thème musical mémorable que signe Dimitri Tiomkin et qui nous accompagne après visionnage.
Un grand western porté par d’excellents acteurs.