Après "Le Métro de la Mort", Gary Sherman persiste dans le glauque, et encore une fois, pour le meilleur. Il va faire de Potter's Bluff, petite ville balnéaire américaine un peu défraîchie, avec ses rues boueuses (on est en basse saison) et ses maisons de pêcheurs, le théâtre inattendu de morts extrêmement violentes qui vont se succéder à un rythme accéléré. Le film s'ouvre sur une longue scène de séance photo sur la plage en apparence anodine dont la fin d'une brutalité insoutenable
(le photographe est passé à tabac avant d'être brûlé vif)
fait l'effet d'un uppercut. Les autres meurtres sont du même tonneau, tous d'une extrême brutalité. Parmi eux, je retiendrai surtout le premier qui s'achève en différé à l'hôpital
par un planté de seringue traumatisant dans l'unique oeil valide du pauvre brûlé à peine survivant.
Tous les habitants paraissent bizarres, comme l'excentrique médecin légiste/directeur des pompes funèbres qui assiste le shérif. Son cabinet est vieillot et sinistre. Des morts réapparaissent inexplicablement. Le shérif commence à perdre pied dans une enquête criminelle de plus en plus troublante, tandis que l'ambiance commence à se teinter de fantastique.
Il y a quelque chose de lovecraftien dans ce bled paumé au bord de la mer, cette atmosphère sombre et humide, ces locaux bizarres et inquiétants et surtout, le mugissement lugubre de cette corne de brume qui plane sur tout le film.
La fin fait basculer le film dans l'horreur et la folie, avec un joli petit twist en guise de cerise sur le gâteau.