Le plus terrifiant des méchants : le temps

Un film à la fois horrible, effrayant, triste et beau qui aborde de manière très originale la vieillesse et les diverses dégradations qui vont avec. Quoi de plus terrifiant que la marche inexorable d'un être cher vers la mort ?

Le film est avant tout un excellent film d'horreur à combustion lente. Personnellement, il m'a terrifiée. Quand je commence à me recroqueviller dans le canapé et que je cherche une couverture pour me couvrir, c'est bon signe. Rien qu'en voyant le début, j'ai su que ça allait me plaire. On commence par une baignoire qui déborde à l'étage, l'eau qui dégouline lentement sur le tapis des marches de l'escalier, avance doucement sur le sol jusqu'à une paire de pieds... qui appartient à une vieille femme nue vue de dos, étrangement immobile et sans réaction. Le tout sur une bande-son hyper anxiogène.

En gros, ça sera l'ambiance pendant tout le film, mais ça montera en puissance. La bande-son est hyper anxiogène et très bien utilisée. La réalisatrice ne recourt jamais aux jump scare mais préfère utiliser des petits bruits répétitifs nocturnes, bien angoissants tant qu'on n'en a pas identifié la source. Nichée au milieu des arbres, la maison est un décor formidablement inquiétant, avec ses pièces sombres et encombrées. Il est à noter que la réalisatrice ne fait appel ni à un grenier ni à une cave, ce qui est rare. Bravo à elle pour ne pas être allée vers la facilité. On va passer 1h30 en huis clos dans ce décor, sans s'ennuyer, et même en frissonnant si vous goûtez ce genre d'angoisse sourde et anti spectaculaire.

L'histoire commence avec la soudaine disparition de la vieille femme. Sa fille et sa petite-fille viennent s'installer chez elle pendant les recherches. Elle réapparaît un matin, sans aucun souvenir de ce qui lui est arrivé. Dans les jours suivants, elle semble de plus en plus perturbée et son comportement devient erratique et inquiétant...


La belle idée de la réalisatrice, c'est d'avoir assimilé cette immense maison encombrée à sa propriétaire. On regarde la vieille dame en train de perdre la boule et de se dégrader physiquement et la maison avec elle. De mystérieuses taches noires apparaissent sur sa poitrine, pendant que des taches d'humidité et de moisissure apparaissent sur les murs de la maison. Les amoncellements d'objets qui encombrent certaines pièces font écho aux pertes de mémoire de plus en plus fréquentes de la grand-mère. De même, le dédale cauchemardesque qui apparaît au sein des murs à la fin rappelle la démence qui ronge l'esprit de la vieille femme. Cette scène où la petite-fille erre, affolée, dans les couloirs labyrinthiques mystérieusement apparus est une des plus flippantes que j'ai jamais vues.

Cet inquiétant labyrinthe permet de résoudre le mystère de la disparition de la grand-mère et des bruits inconnus : la pauvre, en pleine démence, s'est "perdue" et a erré pendant plusieurs jours dans les murs de sa propre maison et les bruits mystérieux étaient ceux qu'elle faisait en essayant de retrouver son chemin (et sa raison).

Ce qui est génial, c'est que cet étrange labyrinthe garde son mystère : est-il réel ou n'est-il qu'une réaction démente de la maison ?

Après le climax d'angoisse et d'horreur, le film s'achève sur une scène troublante, un apaisement à la fois horrible, d'une beauté déchirante et d'une infinie tristesse. Une fin parfaite qui résonnera longtemps en vous.


Mairrresse
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le 16 août 2025

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Maîrrresse

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