Certes, le film, réalisé en 1941, a beaucoup vieilli, ne serait-ce qu'à travers ses dialogues, qui peuvent aujourd'hui paraître surannés. Ils peuvent parfois agacer, mais ils peuvent aussi lui conférer un charme particulier, à condition de le replacer dans son contexte de l'époque.
Les rapports entre les personnages ont eux aussi profondément vieilli. La relation entre Gabin et Madeleine Renaud appartient à un autre temps : celui d'une femme soumise, attendant patiemment le retour du mari parti affronter les dangers de la mer pour secourir les bateaux en détresse. Sa manière de se dévaloriser, de s'effacer derrière l'homme qu'elle aime, témoigne d'une représentation féminine aujourd'hui largement dépassée, mais révélatrice des mentalités de l'époque.
Si la rencontre entre Gabin et la jeune femme incarnée par Michèle Morgan, dans le cadre spectaculaire d'un sauvetage en pleine tempête, peut sembler aujourd'hui quelque peu convenue, voire relever du cliché mélodramatique, le basculement final du récit apporte une profondeur inattendue. La prise de conscience progressive de la maladie de son épouse, dont l'état s'aggrave brutalement, provoque un véritable retournement émotionnel, à la fois touchant et surprenant chez Gabin et donc chez le spectateur
C'est finalement ce contraste qui fait tout l'intérêt de ce film : une œuvre désuète et marquée par son époque, mais traversée par des moments d'une réelle intensité dramatique. Sans atteindre la force narrative de certains chefs-d'œuvre de la filmographie de Gabin comme Pépé le Moko ou La Belle Équipe, dont la puissance demeure encore aujourd'hui, Remorques conserve une émotion singulière, liée autant à son mélodrame qu'au regard qu'il porte sur un monde disparu.