Alors que Hollywood s’apprête à conquérir l’espace à coups de sabres laser, Spielberg filme la déchirure d’un homme qui lève les yeux vers le ciel et ne peut plus s'en détourner.
Dans la banalité d’un pavillon encombré par la fatigue et les frustrations ordinaires, Rencontres du troisième type met en scène moins une apparition qu’un appel par une lente contamination du réel par l’inexplicable. Ici, les ovnis importent moins que le visage de Roy traversé par leur lumière. L’événement ne commence pas dans le ciel mais dans le regard.
Spielberg donne à l’obsession la rigueur d’une ascèse. La montagne que Roy façonne compulsivement et ses gestes suivants sont l’empreinte d’un appel qu’il ne comprend pas. La science, ici, ne cherche pas à dominer : elle tend l’oreille. L’échange musical supplante le conflit, et la lumière (véritable protagoniste) sublime le visionnage.
Mais toute révélation exige un sacrifice. Pour répondre à l’appel, Roy laisse son foyer se briser. Son départ final n’a rien d’un triomphe. Élection ou fuite égoïste, acte de foi ou abandon des siens : le film suspend la réponse et c’est dans cette incertitude qu’il persiste toujours dans ma mémoire.