Le Dr. Holden est un cartésien pur souche, un vrai sceptique qui réfute toute forme de sorcellerie, possessions, et autres fantômes. Il arrive au Royaume-Uni après l'étrange mort de l'un de ses amis, un faux sceptique qui enquêtait sur un étrange culte. Rapidement, les choses vont chauffer pour Holden, à cause d'un chef de culte menaçant...
"Night of the Demon" bénéficie d'une excellente réputation parmi les amateurs d'horreur. Ce qui peut surprendre au premier abord, car sur le papier il fleure bon la série B typique des 50's, sympathique mais pas inoubliable. Et pourtant c'est bel et bien une très jolie surprise en ce qui me concerne !
Le canevas du scientifique absorbé dans un univers surnaturel est un trope devenu conventionnel dans le cinéma fantastique ou horrifique, mais il fonctionne très bien ici. Grâce à l'interprétation des personnages (le rigide et sournois Dana Andrews face à l'énigmatique Niall MacGinnis). Grâce à l'écriture maligne, et même très moderne. Et évidemment, grâce à la mise en scène soignée.
Concernant le fait de montrer le "démon", y compris dès le premier acte, il faut savoir que c'était un choix des producteurs. Jacques Tourneur a catégoriquement refusé de tourner cela, préférant miser sur le suggéré. Les producteurs voulaient que le public comprenne la menace d'entrée. Ce choix final me laisse partagé, car les effets visuels ont forcément vieilli... mais il faut admettre que cela permet de comprendre l'ultimatum adressé à notre héros.
S'il on met ce démon de côté, Tourneur dose savamment son atmosphère. Il joue avec les ombres, la profondeur de champs, la BO inquiétante, ou les décors, dont ceux de Stonehenge et de la bibliothèque du British Museum... Le réalisateur produit quelques jumpscares bien flippants. Parfois tout simples : une porte qui s'ouvre, un patient qui s'excite. Parfois plus sinistres : cette main qui suit notre protagoniste à des endroits pourtant impossibles au vu des autres angles !
Bref, c'est un film d'horreur en avance sur son temps, intelligent, et toujours très inquiétant à regarder.
A noter que le charcutage des producteurs ne s'est pas limité à l'intégration du démon, puisqu'il existe deux versions du film. La version complète de 1h35, et celle prévue pour le marché américain, plus "rythmée", qui coupe plusieurs scènes pour se limiter à 1h23.