À l'instar de son protagoniste, Bì Gàn s'est perdu dans ses rêves.
Déjà son grand voyage vers la nuit délaissait quelque peu la poésie pour laisser place à l'esthétique. Resurrection lui, lâche la région de Kaili, lâche la symbiose entre le songe et la réalité, lâche cette poésie qui séduisait tant pour ne devenir que rêve et esthétisme.
Se sent-il trop beau ? intouchable ? Ce qui est sûr c'est que le nouveau film du cinéaste chinois fait peine à voir. Bravo pour la beauté des cadres, pour la belle lumière, pour les quelques images qui impriment la rétine.
Mais derrière cette belle enluminure, Resurrection est bien vide. Se vantant de retracer 100 ans de cinéma, il ne prendra même pas la peine de travailler l'image à travers le temps. Elle restera la même, comme si le cinéma était immuable et ne changeait que d'histoires. Les plans-séquence que maîtrisait si bien le réalisateur ne deviennent que marque de fabrique. Un sceau qu'il appose, comme un Iñárritu, pour signifier que ceci est son œuvre. Finalement, ce sera ça Resurrection. Le film d'un cinéaste qui s'impose, qui montre qui il est, qui pousse ses gimmicks au maximum.
Au fil des films, Bì Gàn se simplifie. Et s'il fait croire (et se persuade peut-être) que ses films sont de plus en plus poussés (et esthétiquement c'est le cas), ils sont de plus en plus tristes, vides et lisses. À se persuader qu'il peut façonner les rêves, Bì Gàn sépare malgré lui le rêve et la réalité. Eux qui n'étaient pourtant qu'un à l'aune de son cinéma, prennent de plus en plus de distance.
Espérons que Bì Gàn retrouvera la porte mêlant ces deux mondes. Pour l'instant il est perdu.