Resurrection
7.1
Resurrection

Film de Bì Gàn (2025)

Du haut de ses seulement 36 ans, Bì Gàn, non sans une certaine prétention et une volonté de montrer l'ampleur (certaine) de son talent, semble avoir digéré la totalité du Cinéma, son histoire, ses références, ses techniques, ses genres, qu'il transforme ici en cinq madeleines, comme autant de contes, inégales mais terrassantes d'inventivités esthétique et scénaristique.


Piochant là où il peut (c'est-à-dire un peu partout : Lumière, Lang, Kurosawa, Welles pour ne citer qu'eux) pour déployer son vaste univers, le réalisateur déclare son amour fou au septième Art et pleure dans la longueur, sans tristesse mais avec un brin de passéisme, ce qui semble en être la fin, à l'ère des images accélérées et en surnombre, des "réels" (qui ne le sont que par leur nom) et qu'on consomme sans attention sur des écrans verticaux, et signe dans un double mouvement contradictoire une superbe démonstration de sa puissance et de sa possible constante réinvention.


Resurrection, au titre si fort en sens (comment faire renaître le rêve dans un monde qui n'y mène quotidiennement plus ?), est un film somme, qui fragmente le temps, l'éclate, détruit les repères pour mieux en créer, un film fou, avec tout ce que la folie porte en elle et provoque ; de la démesure, de l'intranquillité, de la laideur, de la poésie, de l'épuisement, de la terreur et une certaine beauté.


Et c'est bien ce dernier sentiment qui triomphe lorsqu'en brisant finalement le quatrième mur, le réalisateur interpelle le spectateur et l'incarne comme le fantôme cinéphile universel qu'il ignore peut-être être en puissance, alors qu'il est bien là, devant l'écran, perdu, bouleversé, troublé par des images, des sons, des sensations et des messages qui lui échapperont d'emblée et le travailleront longtemps.

Le film le quitte ainsi, sur le tapis, chamboulé, déjà nostalgique d'un monde qu'il vient pourtant de traverser et qui l'a émerveillé comme aux premiers temps du cinématographe (figure plus que centrale), en proie à d'indicibles émotions, qui, une fois décantées, le pousseront - là est tout l'espoir - à poursuivre la magie jusqu'à son immortalité.

Charles_Dubois
7
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le 4 janv. 2026

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Charles Dubois

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