Difficile de parler de Resurrection sans évoquer Trois mille ans à t’attendre, de George Miller. Et pour cause, les deux films possèdent des similitudes, ne serait-ce que sur leur concept narratif. À savoir user d’une intrigue principale – ici, une immortelle trouvant un homme (une machine ?) à l’agonie, encore capable de rêver – servant de prétexte à raconter d’autres histoires. Des segments ô combien différents, étant donné qu’ils abordent eux-mêmes d’autres récits et personnages qui n’ont rien à voir entre eux – bien que le comédien Jackson Yee fasse en quelque sorte le lien, avec une thématique portée sur la réincarnation. Et tout comme chez Miller, Bì Gàn y voit l’occasion de livrer six films en un, abordant chaque épisode de son projet comme une œuvre à part entière. Pour lui, une histoire, c’est l’opportunité de s’adonner à plusieurs genres cinématographiques en une seule fois. À des effets de mise en scène divers et variés, et ainsi se renouveler au sein d’une même production. Par-là, il faut comprendre qu’en vous lançant dans le visionnage de Resurrection, vous aurez aussi bien le droit à du thriller policier qu’à de la science-fiction onirique, tout en passant par le drame, le fantastique et le film de mafieux. Qui plus est, l’enchaînement de ces récits se révèle à nous telle une fresque historique, chaque intrigue prenant place à une époque historique bien précise de la Chine. Et si je n’arrête pas de comparer ce titre à Trois mille ans à t’attendre, je trouve que Bì Gàn pousse les curseurs techniques encore plus loin que ne l’avait fait George Miller. Du début jusqu’à la fin, Resurrection est d’une indiscutable richesse visuelle et sensorielle. Chaque segment, chaque film permet au cinéaste d’expérimenter comme bon lui semble. Que ce soit le premier récit, une sorte de polar à la Se7en niveau ambiance, qui joue énormément sur les jeux de miroirs et de perception oculaire. Le dernier, tourné tel un plan-séquence de 35-40 minutes. Ou encore cette introduction, qui reproduit l’allure et les pratiques du cinéma muet – jusqu’à refaire L’Arroseur arrosé. Tout y est maîtrisé à la perfection, conférant au titre une technicité et un rendu d’une imparable efficacité, voire d’une incontestable beauté. En faisant cela, Bì Gàn adresse une véritable lettre d’amour au septième art et transforme son projet en un plaidoyer pour celui-ci. Car si le titre évoque une résurrection, c’est bien celle du cinéma. Qui a traversé les âges en sublimant techniques et sensations pour se retrouver à une époque où il semble perdre de sa magie (les plateformes, le Covid, la baisse de fréquentations des salles…). Voilà ce que raconte en réalité Resurrection, ce qui en fait une œuvre aussi complexe que poétique. Mais – car il fallait bien un « mais » à tout cela – Bì Gàn pousse les potards tellement à fond qu’il en tire un long-métrage difficile et hermétique. En enchaînant sans retenue les récits, genres et expérimentations, il fait de Resurrection une œuvre excessivement abstraite, qu’il est compliqué de suivre si nous ne sommes pas captivés d’entrée de jeu par la proposition. C’est en tout cas ce qui m’est arrivé durant le visionnage, n’y ayant vu, pour le coup, qu’une œuvre vaine, longue (2h40 !!) et terriblement pompeuse. Pour avoir écrit autant, je reconnais l’ambition du titre et ses indéniables qualités. Mais l’expérience n’a clairement pas été pour moi…