Resurrection, réalisé par Bì Gàn, s’inscrit comme une œuvre sensorielle et méditative, à la lisière du récit et de l’expérience pure de cinéma.
Je me suis rapidement laissé happer par le caractère hypnotique et profondément poétique du film, qui semble se déployer davantage à chaque visionnage. Bì Gàn poursuit ici son cinéma de la sensation, en proposant une réflexion sur le cinéma lui-même : sa mémoire, ses fantômes, et sa capacité à suspendre le temps. Les hommages sont nombreux, parfois appuyés, mais jamais gratuits ; ils participent à une vision cohérente, portée par un travail remarquable sur les couleurs — ou leur absence — qui donne au film une unité plastique rare. Le dernier acte, construit autour d’un plan-séquence vertigineux, est à mes yeux le sommet du film : une véritable envolée poétique et visuelle, où le cinéma devient pur mouvement.
Cependant, cette ambition formelle a un revers. L’abstraction peut parfois tenir à distance, au point de perdre émotionnellement le spectateur. La voix off, qui guide le récit, m’a aussi semblé être une facilité, là où la mise en scène aurait du se suffire à elle-même.
Malgré ces réserves, je conseillerais Resurrection à ceux qui aiment se perdre dans le cinéma plutôt que le comprendre immédiatement. C’est un film exigeant, mais profondément envoûtant, et l’émotion qu’il suscite tient justement dans cette dérive contemplative.