Étant donné que le film est globalement divisé en six parties (le début, les quatre rêves, la fin), je vais plutôt faire une review descriptive comprenant mon ressenti personnel sur chacune d’elles, plus ou moins détaillée, plutôt qu’une analyse et une synthèse de l’ensemble. Principalement parce que, à mon sens, toutes ces parties ne sont pas du même niveau, et que j’ai du mal à concevoir le film comme un tout cohérent. Je le perçois davantage comme une succession de petits films qui n’ont pas forcément tant de choses à voir entre eux. Et puis, de cette manière, j’aurai cette review sous la main au cas où j’oublierais le film, même si le résultat est un peu indigeste.
La première partie muette, avant le commencement des rêves, est une très belle entrée en matière, vraiment jolie. Concernant le premier rêve, pour être honnête, il m’a fallu plus d’une heure après la séance pour me souvenir des éléments qui le composent, je l’avais complètement oublié à la sortie du film. Preuve, à mon sens, qu’il est assez plat. Parmi les éléments qui me reviennent désormais : ce train qui passe lors d’un meurtre, la torture au fouet, la séquence des miroirs très La Dame de Shanghai, et l’ouverture d’un monde par le corps du personnage. Il y a aussi cette séquence dans une gare, avec des éléments du plafond qui tombent au ralenti, rappelant fortement Le Miroir. J’ai trouvé l’ensemble assez oubliable et trop nonsensique pour être réellement intéressant, même si la maîtrise visuelle est indéniable.
Le deuxième rêve est probablement celui que j’ai le plus apprécié, avec le dernier. Toujours très maîtrisé visuellement, il se déploie cette fois à proximité d'un temple avec un cadre plus extérieur, avec un travail sur les éléments (neige, eau croupie, terre) qui m’a beaucoup rappelé Tarkovski, et c’est assez magnifique. Les surcadrages sont superbes (la fin du rêve avec le chien, mon dieu). Ce petit conte (en gros, une sorte d’entité supérieure ou de djinn qui se retrouve dans une dent) m’a vraiment plu. Le troisième rêve est intéressant dans son lien avec l’enfance, mais il m’a semblé assez pauvre du point de vue de l’imaginaire, et cette histoire à base de relation père-fils et d'arnaques est sympathique sans être passionnante ou mémorable.
Le quatrième rêve, avec ce fameux plan-séquence dont tout le monde a parlé, est effectivement assez dingue, même s’il peut paraître un peu poseur, ce qui peut irriter (comme une bonne partie du film, de toute manière). Il raconte une histoire de vampire foutrement romantique et touchante, avec ce superbe plan sur le lever de soleil final, et surtout ce moment absolument génial où le temps s’accélère et où l’on observe L’Arroseur arrosé des frères Lumière au loin, c’est vraiment sublime. Toute cette partie, en plus de la fin, m’ont complètement subjugué et sidéré par leur beauté et leur imagination débordante, probablement parmi les meilleurs moments que j’ai vécus au cinéma cette année. Dommage que l’ensemble du film n’atteigne pas, à mon sens, le même degré de poésie que celui qui se dégage de ce final.