J’adore sincèrement la saga Silent Hill (et vous renvoie à mes critiques précédentes sur les jeux et le premier film en bas de page), c’est un univers intrigant, ouvert à l’interprétation, qui joue de l’horreur, des décors liminaux et souvent de l’étrange familier. Quand Gans est alors volontaire et nommé pour réaliser une adaptation de Silent Hill 2 qui est adulé par beaucoup (sans doute un peu trop, calmez vous, ce n’est pas une religion non plus), il y a de quoi être satisfait car le premier film est tout de même très honnête, autant que de grincer des dents car le réalisateur n’est pas forcément réputé pour sa régularité dans la qualité de ses œuvres et sa patte ne plaît pas toujours. C’est sûr et certain qu’avec ce choix d’adapter ce SH en particulier, le film part par défaut avec un point ou deux de pénalité sur sa note pour de nombreux fans.
Ici on suit donc le personnage de James qui a reçu une lettre de sa défunte compagne, Mary, qui lui demande de la rejoindre à Silent Hill, là où ils se sont rencontrés et ont vécus une partie de leur vie. Il retourne là-bas et atteint une ville séquestrée, plongée dans une brume de cendres qui se transforme, au retentissement de la sirène des pompiers, en un enfer industriel qui phagocyte l’environnement et fait apparaître des monstres en grand nombres. C’est une quête de rédemption, on le comprend vite, James se sentant profondément coupable pour un fait que l’on ignore et que l’on découvrira au fur et à mesure. C’est en général le point qui demande l’interprétation du joueur dans le jeu et n’obtiendra qu’une réponse partielle. Mais ici, Gans fait le choix plutôt audacieux de nous offrir son interprétation. Ce qui est pertinent de facto, c’est que ce n’est pas quelque chose d’explorer aussi ostensiblement dans le jeu, ce qui implique que peu importe si vous le connaissez ou non, potentiellement ce qui est raconté va pouvoir vous interpeler un minimum (à défaut de vous plaire).
En pratique, ça donne quand même un film qui a de nombreux soucis. Le premier tiers m’a été pénible. Entre le démarrage qui ressemble à un téléfilm M6, les personnages secondaires qui sont peu convaincants (hommage à ce sans-abris qui est une absolue caricature de film d’horreur et qui sort de nulle part), les flash-backs qui peinent à vraiment nous faire apprécier le couple de James et Mary, les grosses ficelles de la présentation de la secte de la ville, l’utilisation du numérique qui m’a semblé vraiment grossière et assez mal gérée (j’avais l’impression que le premier film était plus propre parce qu’il en usait moins), le fait d’être évidemment dans des décors de studio, les actions et dialogues plus ou moins cohérents, le personnage d’Eddie qui est … juste là pour rien, le rajout d’une psy où la pertinence est discutable, et d’un smartphone (qui rompt avec ce pacte d’ancienne époque), avec aussi une course poursuite étrange et épileptique dans une multiplication de monstres qui apparemment refusent de pourchasser notre héros pour peu qu’il passe une porte... Le film demande beaucoup d’amour pour être continué en réalité, et je parierais qu’une version longue sortira pour rectifier cette première partie assez chaotique.
Mais c’est à partir du moment où les décors se resserrent, que les personnages qui étaient sur fonds verts ont maintenant du palpable sous les yeux, que les monstres sont des figurants costumés, et que l’on a un rythme un peu plus posé que ça devient plutôt intéressant. Gans a ce défaut et cette qualité suivant le point de vue, qu’il se refuse à laisser du vide, et il a besoin de tout expliquer in fine. Les éléments qui semblaient hors propos et inutiles trouveront presque tous une justification (sauf Eddie). Le fait de développer l’histoire de la secte reste formellement caricaturale mais permet aussi de donner un point de vue critique sur la notion du sacrifice familial, de libre-arbitre et de destinée. En cela, le film est fidèle aux jeux qui se réfèrent beaucoup à ces idées car la religion est souvent au moins un pan de chacune des histoires. Ce qui est fait avec le personnage de Pyramid Head est aussi intéressant cette fois, plus que dans le premier film et son comportement sensiblement différent de celui du jeu est très logique. Le fait d’avoir un moment où il y a un retour à la normal très vite abandonné ne donne pas d’indication claire sur le moment où James tombe ou sort de la démence ce qui est aussi plutôt pas mal en définitive. J’ai aussi trouvé que plus le film avançait, plus les acteurs jouaient justes (la direction d’acteur n’est pas réputée pour être le fort de Gans). La fin du film est aussi satisfaisante car elle mêle deux des fins possibles du jeu pour nourrir l’interprétation proposée ici. Le film a donc bien une vraie cohérence scénaristique ce qui est déjà énorme au regard de la source adaptée. Cela n’empêche pas certains passages d’être assez ratés (nouvel hommage à cette bouche d’égout qui émet de la vapeur sans aucune raison). À côté de cela, les clins d’œil au jeu sont très nombreux. Le voice-acting est vraiment très proche de celle du remake, les déplacements de James sont imités de sa posture en jeu, des plans de caméras et des décors sont des décalques véritables, le détail de certains objets a aussi été pensé en référence au jeu (même s’il y a quand même beaucoup de passages où James ramasse quelque chose comme s’il savait par défaut qu’il en aurait besoin plus tard comme un JV peut vous inciter à le faire), les lumières aussi rappelle les ambiances du remake, certaines cinématiques sont répliquées, cela va même jusqu’à l’incrustation filtrée de certaines images. Même si les acteurs ne sont pas formidables et n’auront probablement pas de récompense pour leurs interprétations respectives, les personnages de Mary et Maria, ainsi que de Laura fonctionnent bien et sont aussi parmi les points forts du film et l’apathie et la léthargie de James finissent par retranscrire un homme brisé et rongé par les remords. Autre point positif, il n’y a pas de moment Sean Bean, c’est-à-dire quelqu’un qui semble ne même pas être dans le film et qui vous réexplique ce que vous venez de voir. Et puis surtout, il y a du Akira Yamaoka à la musique, il y a du Mary Elisabeth McGlynn à la chanson, et les sons du film sont tout de même dans le propos et de bonne qualité ce qui reste indispensable à un film d’horreur et épouvante.
Alors le résultat à mon goût n’est pas aussi bon que le jeu, largement pas, mais il est honnête. J’ai plus de problèmes avec les codes de Gans qu’avec le film lui-même, et je le trouve maladroit et trop aléatoire sur ses qualités et ses défauts, mais ce n’est pas un film idiot. Et mine de rien, ce n’était pas donné, ça aurait pu virer vers le nanar, ou vers le bidon complet, mais dans l’ensemble… Ouais c’est OK ! Alors par contre, est-ce qu’un film « ouais c’est OK » est suffisant pour l’un des jeux les plus importants jamais sorti… Là, c’est un autre problème.
Critique du film Silent Hill (film) : https://www.senscritique.com/film/silent_hill/critique/274555106
Critique de Silent Hill 2 Remake : https://www.senscritique.com/jeuvideo/silent_hill_2/critique/317299647
Critique de Silent Hill F : https://www.senscritique.com/jeuvideo/silent_hill_f/critique/331584855
Critique de Silent Hill Shattered Memories : https://www.senscritique.com/jeuvideo/silent_hill_shattered_memories/critique/309617473