Quoi D'notre Amour Fou N'Resterait Que Des Cendres

En l’espace de quelques semaines seulement, Retour à Silent Hill de Christophe Gans est passé de l’une de mes plus grosses attentes de 2026 à l’un des films que je redoutais le plus de regarder. Aussi perfectible soit il j’aime beaucoup le cinéma de Gans et Silent Hill 2 reste dans mon top 3 ever de gamer, de quoi espérer beaucoup du retour du réalisateur dans cet univers 20 ans après le premier film. Puis les premiers avis et les premières amères déceptions critiques tombèrent jusqu’à se transformer en une sorte de bashing généralisé limite haineux et assez systématique comme si Gans nous avait pondu un film de tâcheron aussi indigne que le House of The Dead de Uwe Bowl. Il fallait donc que je me fasse mon propre avis entre attente et méfiance et là première constatation, une semaine après sa sortie le film est déjà dans la plus petite salle de mon multiplexe que je partage avec seulement un second spectateur. Après 105 minutes l’évidence ne pourra pas être dissimulée sous la mauvaise foi, ce n’est pas très bien mais faut pas déconner non plus, c’est loin d’être complètement nul.


L’histoire reprend donc en gros le pitch du jeu Silent Hill 2 sorti en 2001 sur PS2. On va suivre James un jeune homme qui après avoir reçu une mystérieuse lettre s’aventure à Silent Hill afin d’y retrouver sa petite amie disparue.


L’un des premier problème de ce Retour à Silent Hill c’est peut être tout simplement qu’il délivre la version de Christophe Gans, là où des milliers de spectateurs (souvent gamers amoureux fou du jeu) espéraient voir la leur. Il n’est pas inutile en effet de rappeler que le cinéma et le jeu vidéo même s' ils possèdent de nombreux ponts narratifs et thématiques sont deux arts complétement différents. Dans l’un nous sommes dans une forme de passivité face à ce qui nous est raconté et dans l’autre nous sommes acteurs par procuration d’une narration aussi guidée soit elle. Et dans le cas d’un jeu comme Silent Hill 2 qui convoque par essence dans sa narration et ses thématiques une implication presque intime qui se construit sur de longues heures de jeu, il était assez évident que le film ne pouvait rencontrer une adhésion unanime. Retour à Silent Hill est la vision d’un cinéaste d’un univers qui malheureusement pour lui appartient intimement à des milliers de joueurs. Loin de moi l’envie de dédouaner et délester ainsi Christophe Gans des nombreux défauts du film, mais il a au moins le mérite d’avoir insufflé à cette adaptation un peu, voire beaucoup de lui-même , ce qui est à priori la démarche d’un vrai réalisateur.


Attention risque de Spoilers


Parmi les défauts qui reviennent souvent dans les critiques, il y en a certains auxquels je souscris et d’autres qui me semblent plus discutables. On va commencer par la faiblesse des personnages et le faible niveau d’interprétation. Est ce que Christophe Gans a voulu essayer d’être fidèle à des figures un peu rigides et artificielles de cinématique de jeu vidéo, je ne sais pas et ce serait une excuse un peu facile ? Sur ce point et pour en revenir un peu à ce que je disais plus haut , tout joueur de Silent Hill (et même de jeu vidéo en général) donne au personnage qu’il incarne la densité qu’il souhaite en lui donnant immanquablement un part de lui même ce qui forcément fait défaut ici. En tout cas il est certain que pour un récit qui se base sur un amour fou capable de faire déraisonner voir dérayer un des protagoniste du couple, on est loin d’avoir ce sentiment à l’écran et la relation entre James et Mary est loin d’avoir l’intensité, le corps et la puissance qu’il aurait fallu donner à cette histoire de sentiments pour la rendre vraiment crédible et puissante. Autre défaut souvent cité avec une écriture tellement explicative, tellement lourde et tellement appuyée qu’elle retire beaucoup du brumeux mystère de l’intrigue, et sur ce point je ne peux qu’être d’accord surtout vis à vis d’un jeu qui justement jouait de la perte de repères et de perceptions. Ici tout est souligné, tout est trop expliqué comme si Christophe Gans ( Peut être sous l'influence des producteurs) avait voulu livrer un film clefs en main y compris pour des spectateurs complètement étrangers aux jeux. On se retrouve donc dans un paysage mental assez classique et assez balisé mais qui mine de rien permet aussi à Christophe Gans de laisser planer quelques doutes sur les différentes interprétations du récit. Comme tout se passe dans la tête de ce type rongé par la culpabilité, tout devient interprétable par ce biais, comme les flashbacks souvent un peu lourds et trop beaux ou cette histoire de secte un peu poussive, rien n’est plus vraiment lisible entre récit et fantasme, réalité et vision édulcorée des choses, souvenirs déformés ou formatés par le mal être du personnage. On pourra aussi regretter une utilisation très perfectible d'effets spéciaux numériques parfois d’un autre temps (là encore on pourra excuser le truc sous couvert de coller à l’esprit cinématique PS2 ) et une patine visuelle là aussi souvent perfectible. Le plus gros défaut du film restant pour moi qu’il ne provoque pas plus de terreur, que de malaise ou d’émotions ce qui est tout de même fort gênant vis à vis du matériau d’origine qui au contraire vous mettait dans un état de stress et de tension émotive constante.


Pourtant ses défauts ne doivent pas faire oublier non plus que Christophe Gans reste un très bon réalisateur et surtout un formidable créateur d'images; ce Retour à Silent Hill est tout de même truffé de superbes scènes qui réveillent à fond les ballons les souvenirs de l’univers du jeu mythique. Bien sûr tout n’est pas graphiquement parfait mais l’univers putride de rouille, de fer, de sang, de mélancolie crasseuse et de chair est tout de même et à de très nombreuses reprises sacrément bien rendu à l’écran avec bien sûr l’excellente et iconique musique de Akira Yamaoka en soutien. Christophe Gans peine à toucher toute la profondeur du jeu mais il parvient à rendre son univers visuel tangible à l'écran.


Après les avis tranchés comme la lame de pyramide-head parlant carrément de bouse entre deux insultes envers Gans, on commence à voir surgir des avis qui parlent de chef d'œuvre incompris … La réalité se trouve peut être comme souvent dans la nuance, Retour à Silent Hill ne surpassera jamais nos sentiments de joueurs (le pouvait il seulement ?) , le film ressemble parfois à un fascinant accident avec sortie de route mais au lieu de blâmer le chauffeur je préfère rester sur ce sentiment que la prise de risque sur piste sinueuse est toujours plus intéressante que la conduite bien pépère sur ligne droite.

freddyK
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le 18 févr. 2026

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