Vu sur grand écran, et revu chez moi pour lui laisser une seconde chance, Retro n’aura malheureusement pas rempli les espoirs fous que je plaçais en lui. En quelques films super sympas et un chef d’œuvre ultra enthousiasmant (Jigarthanda XX), Karthik Subbaraj est tout simplement devenu l’un des réalisateurs les plus excitants de notre époque. Forcément, son nouveau film était très, très attendu. Bien plus froide fut donc la douche…
Retro c’est l’histoire d’un orphelin qui devient le fils adoptif d’un mafieux et qui cherchera à s’émanciper du monde du crime en allant convoler avec sa chérie. Mais tout va tomber par terre le jour de son mariage, lorsqu’il se retrouve à affronter les sbires de son père adoptif qui ne veut pas le laisser filer. Des années plus tard, il va chercher à reconquérir sa belle en se faisant passer pour un « médecin du rire » et va se retrouver pris dans une histoire pas possible où se télescopent villageois réduits en esclavages et secte hippie qui organise des tournois de bagarre.
Alors qu’on ne se méprenne pas, Retro a ses bons moments, et le résultat n’est absolument pas honteux, mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette histoire assez prévisible d’enfant prodigue retournant dans son village afin d’accomplir sa destinée héroïque. Le procédé narratif, sans surprise, tranche un peu avec les astucieux scripts des précédents films de Subbaraj tandis que les idées qui motivent cette histoire éventée n’arrivent jamais à remporter l’adhésion. La condition du héros, mutique et condamné à tirer la gueule car ne sachant ni sourire ni rire était en soi plutôt sympa, mais ça ne sera jamais vraiment exploité et la suite de l’histoire, qui va faire intervenir la force du rire, passe à côté. Quel dommage que le propos du film, reposant sur la puissance libératrice de la rigolade, reste d’un bout à l’autre aussi morne... Sans surprise et laborieuse, l’intrigue progresse doucement à travers des marigots de passages lourdingues pour déboucher sur un final attendu. Toute la partie concernant la secte est très compliquée et c’est difficile d’accrocher à ce gourou ridicule, ces figurants européens consternants et ce tournois bâclé et mal foutu qui baigne dans le ringard.
En ce qui concerne le cast sur lequel repose cette histoire, rien à faire, Suryah dans le rôle principal ne m’a guère impressionné et sa performance m’a semblé tout à fait quelconque, plombée par une direction artistique douteuse qui lui a collé une paire de moustaches et des fringues franchement douteux. Autour de lui, Pooja Hedge assure et le film bénéficie aussi du génial Joju George dans le rôle du père adoptif, délicieusement salopard. Pour le reste, on notera quand même la présence de quelques gueules sympas comme Nassar (Thug Life, Baahubali et 15 films par an depuis 40 ans) ou Thamizh (Viduthalai). Clairement, la présence de Joju m’a poussé à la mansuétude, comme d’habitude il irradie de charisme et pousse constamment toutes les scènes où il apparait vers l’excellence. Dommage donc que la mise en scène m’ait semblé aussi peu inspirée et aussi poussive. Un peu à l’image du choix de tourner toute la séquence du mariage dans un grand plan séquence. La prouesse est là, c’est évident, puisqu’au-delà de la flopée d’acteurs et de figurants à chorégraphier, il s’agit d’enchaîner une grosse scène de danse avec une grosse baston tout en jonglant avec plusieurs passages dialogués où se tricotent les futurs nœuds de l’intrigue. Et tout ça sur plusieurs niveaux d’une grande bâtisse. C’est donc un peu triste que, comme bien souvent, cet exercice me soit apparu assez vain, et rende finalement toute la séquence assez molle. Comme trop souvent, le plan séquence apparait comme l’idée à la con censée palier le manque d’idée. Le reste du film ne brillera jamais, sombrant parfois dans la gênance totale à l’occasion d’une chanson particulièrement craignos (Love Detox). Globalement, si le score a parfois – souvent – des moments de grâce, j’ai trouvé l’utilisation du score assez mal foutue, coïncidant globalement avec l’épaisseur un peu grossière de toute cette entreprise.
Bien sûr, sorti de nulle part et sans le pedigree de son auteur, Retro serait probablement mieux passé, même si ça n’aurait pas changé mon rejet de la direction artistique et l’ennui provoqué par un manque d’inspiration général…