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Ah la Saint-Sylvestre, cette fameuse journée qui vient s’intercaler après Noël et avant la nouvelle année, où les gens chantent et font la fête à tue-tête en picolant comme des trous.. Un joyeux moment hypocrite où l’on se promet que cette fois-ci, on tiendra nos résolutions. Que l’on fera régime. Que l’on arrêtera d’aller consulter des sites pornos, et qu’on passera plus de temps à s’occuper du jardin et de la maman. Mais on ne peut pas, et il ne faudra pas plus d’un mois pour s’asseoir sur ses belles promesses. Et pour ceux qui comme l’auteur de ces lignes sont (frustrés) anti-réveillons, n’ont aucun ami et ont eu assez de supporter leur famille à Noël, il y a : Bloody New Year, le dernier film de la carrière de Norman J. Warren.


Traqués par un groupe de forains, une bande de jeunes trouvent refuge sur une île paradisiaque totalement coupé du reste du monde. La plage entourée de fers barbelés, de sables mouvants, et de restes d’animaux morts est relativement inhospitalière. Les visiteurs vont alors pénétrer au sein d’un hôtel abandonné où le temps semble s’être arrêté au 31 décembre 1959. Mais à mesure de leur exploration, des événements surnaturels interviennent. Face aux attaques des filets de pêches, zombies, fantômes et bobines de film, les survivants n’auront d’autres choix que de se séparer pour disparaître plus facilement les uns après les autres. C’était les années 80, une époque où les adolescents interprétés par des adultes de trente ans pensaient moins avec leur neurone qu’avec autre chose.


Bloody New Year est un film pour le moins barge. L’intrigue s’apparente à celle d’un épisode de la quatrième dimension, où rien ne semble être ce qu’il paraît réellement. Les appareils électroménagers se mettent en marche forcée, des buissons ardents sont pris de crise de délirium, le salon de l’hôtel se transforme en glacière réfrigérante, et la rampe d’escalier mord les gens. Jamais le public n’aura le temps de voir l’ennui poindre le bout de son nez, tant le film dispense ses extravagances et séquences horrifiques de manière aussi ascensionnelle qu’un tour de train fantôme.Paradoxalement, Norman J. Warren n’aura eu qu’une seule contrainte, celle du temps.


Certains n’y verront qu’un copieux naveton. D’autres découvriront les restes d’un cinéaste de talent, qui ne ménageait pas ses idées les plus folles, quitte à se couvrir de ridicule et à achever le peu de crédibilité qu’il avait construit jusqu’ici. Disposant d’une franche liberté créative totale, le réalisateur verse dans l’excès à outrance (cette forêt de miroirs évoquant un palais des glaces) accumulant les ruptures de tons et séquences onirique dans un tout finalement plus cohérent qu’il ne suggère de premier abord.


La dimension cauchemardesque de l’environnement tient autant à Shining qu’aux Griffes de la Nuit. Les trucages, et différents farces et attrapes de plateaux renforcent l’aspect artificiel du lieu. Cette dimension ludique permet de fomenter une anagogie digne d’un Rasoir d’Ockham. En effet, les personnages pourraient bien ne jamais avoir quitté la fête fête foraine dans laquelle leur véhicule s’était encastrée en début de récit.


Le dernier acte tend à confirmer cette théorie avec son mobilier vivant, ses hurlements d’esprits démoniaques, l’utilisation de couleurs saturées et de flashs stroboscopiques, renvoyant à cette partie de cache-cache entrevue tantôt au sein du manoir hanté. Probablement coincé entre la vie et la mort, les protagonistes finissent alors par intégrer le décor de l’établissement (une cabine d’ascenseur recouverte de spandex engloutissant une adolescente). Cette hypothèse reste tout de même plus plausible qu’une distorsion temporelle provoquée par le crash d’un avion avant le passage à l’année 1960. L’explication la plus simple est presque toujours la meilleure. Et d’ailleurs, plutôt que de chercher systématiquement à bien débuter l’année, commencez déjà par bien la terminer.


En cette période de festivités où il convient de se réunir en famille, d'ouvrir les cadeaux et de déguster une bonne pintade fourrée. L’Écran Barge vous propose de déterrer la hache de guerre en pervertissant l'esprit de Noël. Cette sélection de films saisonniers accompagnés de critiques virulentes et acerbes est donc réservés aux viandards, aux bisseux, aux tueurs de masses, aux durs à cuirs, aux frustrés et à tous ceux qui ne croient plus aux bons sentiments et à la paix dans le monde depuis bien trop longtemps.


Le-Roy-du-Bis
7
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le 29 févr. 2024

Modifiée

le 22 juil. 2025

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Le Roy du Bis

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