Coralie Fargeat frappait déjà très fort en 2017 avec ce Revenge, qui se révèle rétrospectivement programmatique de son The Substance en terme de mise en scène. Comme dans ce dernier, la cinéaste recourt à une imagerie pop agressive et saturée qui fige son héroïne dans un glacis publicitaire sexiste... Pour ensuite le faire voler en éclat avec une jubilatoire délectation. Le gore fait ici figure de réappropriation d'une corporalité réifiée, au sein d'un geste de cinéma rageur qui profite également pleinement de son décor. Sorte d'Outback australien officieux (il n'est jamais nommé tel quel) où les conventions sociales s'écroulent pour ramener tout le monde au niveau égal de l'instinct de survie, celui-ci constitue un terrain de jeu sanglant dans lequel Jennifer (Matilda Lutz) naviguera avec une aisance inconnue de ses trois tortionnaires. Réduits à l'état de loosers empotés une fois extirpés de la civilisation patriarcale, car dépossédés de leur statut de prédateur dominant, ils feront les frais d'un mouvement d'émancipation démentiel qui est aussi une ode à la liberté féminine. Une pépite dans laquelle le grand-guignol est toujours au service d'une réflexion sous-jacente donc, certes peu subtile mais assénée avec une puissance indéniable et célébrant la naissance d'une grande cinéaste.