Dès les premières minutes, Revenge met mal à l’aise. On sent que ça va arriver, on sait que le viol va survenir, et c’est cette attente qui crée une tension de plus en plus insoutenable.
Fargeat filme d'abord la séduction et la fête avec un regard acéré : le corps est hypersexualisé, surligné par une lumière artificielle, presque publicitaire. Puis vient la scène de viol, sèche, brutale, sans voyeurisme mais avec une lucidité glaçante. C’est le basculement, le moment où le film quitte le fantasme pour plonger dans la douleur. Fargeat nous faisait regarder avec des yeux libidineux, puis, d’un coup, nous force à voir avec ceux de la victime.
La réalisatrice joue ensuite avec la chair, les plaies, le sang qui gicle et c'est assez fun. C'est tour à tour grotesque, symbolique ou viscérale, on y sent la douleur, la renaissance, la transformation d’un objet en prédatrice.
Les personnages, eux, ne sont pas de simples clichés : on a bien trois connards, mais le violeur n’est pas forcément le pire. Les autres, par leur lâcheté, ou leur indifférence d'abord, puis la violence ensuite deviennent presque plus insupportables. Certes, le film est peut-être un poil trop long et flirte parfois avec le poseur, mais il reste maitrisé.
Un rape and revenge radical, viscéral, qui regarde la violence droit dans les yeux.