Après la radicalité de In the Fade et surtout de Golden Glove, Fatih Akin revient à un cinéma moins sujet à controverse, quoique, avec Rheingold, adapté de l'autobiographie de Giwar Hajabi, alias Xatar, star du rap allemand. Il est vrai que la vie du susdit est pour le moins tumultueuse, avant le succès, avec une naissance en Iran (le père est un célèbre musicien kurde) et un passage par l'Irak avant de s'établir en Allemagne. Xatar a connu l'exil, la prison, la délinquance et la violence, tout au long d'une existence marquée par la volonté de survivre. Le film de Akin adopte d'emblée un rythme trépidant, quasi irrésistible quand il s'agit de décrire la jeunesse de son héros et un peu moins quand Rheingold se mue en film de gangsters, sur un ton tragi-comique, certes distrayant mais pas davantage. Le personnage principal reste porteur d'ambigüité, même si le cinéaste semble éprouver une certaine sympathie à son égard et en dépit d'un côté machiste très prononcé (les femmes du film sont un peu négligées). En multipliant les lieux de tournage (la Syrie et les Pays-Bas sont aussi visités, à différentes époques) et les formats, Fatih Akin rend en tous cas une sorte d'hommage à un parcours stupéfiant, dans un biopic qui est comme un voyage sur 3 décennies, transcendé par une mise en scène au souffle certain.