1960.Paul Kemp,écrivain new-yorkais raté,débarque à Porto Rico où il a trouvé un job de journaliste au San Juan Star.Plus passionné par la bibine que par son boulot,il va progressivement s'en désintéresser pour s'acoquiner avec Sanderson,un flamboyant promoteur immobilier aux dents longues qui veut en faire son agent publicitaire.Kemp désapprouve les actes et les méthodes de l'affairiste,mais il entre quand même dans son organisation par attirance pour la belle Chenault,fiancée du magnat.A la fin des années 90,Johnny Depp s'apprêtait à tourner dans le "Las Vegas parano" de Terry Gilliam,adaptation d'articles du journaliste-romancier Hunter S. Thompson.Comme le comédien aime à se la jouer Actor's Studio,il a passé beaucoup de temps avec l'écrivain,allant jusqu'à squatter dans sa maison pour s'imprégner du personnage,dont le travail était essentiellement autobiographique.En farfouillant dans la baraque,Johnny a dégoté un vieux manuscrit que l'auteur n'avait même pas essayé de publier et qui relatait son séjour portoricain vers la fin des fifties.Enthousiasmé,l'acteur a fait éditer le manuscrit et,treize ans après,alors que Thompson s'était suicidé en 2005,il a décidé d'en produire l'adaptation cinématographique et d'en tenir le rôle principal.C'est Bruce Robinson,un ancien comédien fade devenu réalisateur épisodique,qui s'est chargé de la réalisation et du scénario.Le gars est surtout connu pour avoir été en 75 l'objet de l'amour fou d'Isabelle Adjani dans "Histoire d'Adèle H." de Truffaut,et pour avoir shooté en 92 l'excellent thriller "Jennifer 8".On ne peut pas dire que les divagations de Thompson l'aient particulièrement inspiré tant sa mise en scène est plate et atone.Le bouquin ne lui a servi que de canevas sur lequel il a librement brodé.Pourtant Robinson a déclaré sa profonde admiration pour Thompson,il a lu tout ce qu'il a écrit,il l'adore,mais paradoxalement il se vante d'avoir largement modifié l'histoire et les dialogues.Bon,le gars Hunter,c'est déjà pas terrible,mais même lui ne méritait pas un tel traitement.Il ne se passe quasiment rien dans ce film lent ressemblant à un dépliant touristique.Porto Rico,l'océan,les plages ensoleillées,la musique caribéenne qui bouge bien meublent une bonne partie du métrage.Bien sûr on nous sert aussi en miroir la misère endémique des locaux,le racisme des blancs profiteurs et les escroqueries immobilières,car voyez-vous c'est un film politique.Enfin,en principe,parce que concrètement c'est surtout un film paralytique.Bruce met en place des lignes narratives,mais rien ne se passe,rien n'est creusé,tout est vide et on attend désespérément que l'histoire démarre,ce qui ne se produira jamais.A la place il faut se goinfrer un festival Depp,avec Johnny qui se bourre la gueule en permanence,Johnny qui se drogue,Johnny qui fait le con en voiture,Johnny qui tombe amoureux et Johnny qui fricote avec des ordures.Ce film,c'est juste un caprice de star mal foutu.Fasciné par Thompson,avec qui il était devenu ami,l'affreux Jojo veut lui rendre hommage en l'interprétant une seconde fois,mais là c'est foutrement raté.Robinson se loupe sur toute la ligne,échouant à impulser la moindre animation au cadavre putréfié qu'est son film.Même le ton est foireux,le scénario introduisant des scènes tragi-comiques virant au burlesque ridicule qui entrent en contradiction avec l'ambiance générale plutôt sombre et qui ne font que souligner l'absence totale de rythme.L'intrigue n'a aucun intérêt et est plus ou moins abandonnée en route,tandis que la musique est nulle et inadaptée,et la reconstitution historique peu convaincante avec ces costumes et voitures rétro qui ont l'air de sortir d'un musée,ou ces protagonistes fumant avec une élégance affectée.Le script est de toute façon complètement crétin,on ne pige à aucun moment pourquoi Sanderson veut absolument embaucher Kemp,qui ne cache nullement ses idées libérales et lorgne ouvertement sur sa gonzesse,tout ça pour rédiger une plaquette publicitaire que n'importe qui d'autre pourrait écrire.Pour ce qui est du fond,on est naturellement en plein manifeste gauchiste manichéen.Il y aurait évidemment beaucoup à dire à propos des agissements américains dans les Caraïbes,mais encore faudrait-il développer ça d'une manière pertinente.On a donc une sorte d'arnaque immobilière dont on ne voit pas vraiment en quoi elle serait illégale,d'autant que Paul a signé une clause de confidentialité,qu'il s'empressera du reste de trahir,un acte inutile lors d'une transaction illégale.En général,le caïd qui organise un braquo ne fait pas signer ce genre de document à ses complices,pas plus que le chef d'un cartel de drogue ne ferait parapher ses dealers,on ne voit pas l'utilité.Les mecs veulent construire un complexe hôtelier sur une île,la belle affaire!Il y aurait des centaines d'emplois à la clé,mais c'est le genre de choses qui échappe aux gauchos révoltés par la mainmise yankee en ces terres de pauvreté.A Cuba,Batista a été déposé en 59 par la révolution castriste,et Porto Rico est devenu le nouveau paradis des amerlos amateurs de casinos,de bowlings et de cuites au rhum.Et alors?C'était mieux que rien,et ça limitait un peu la forte émigration locale vers les USA.Mais Kemp-Thompson ne l'entend pas de cette oreille,c'est un pur et dur,un pauvre type qui se prend à la fois pour Kerouac et Guevara.Ce connard prétentieux et méprisant déteste tout ce qui ne pense pas comme lui,dans la grande tradition stalinienne.Il y a les bons et les salauds,rien entre les deux et c'est lui qui trace la limite.Il faut dire que Thompson,issu comme souvent chez les marxistes excités d'une très bonne famille,est tombé pile à la période où ces idées fleurissaient.Il a connu la Beat Generation,il était d'ailleurs pote avec Ginsberg et Burroughs,la contre-culture et la Guerre du Vietnam,tout le kit en somme,avant d'inventer le journalisme gonzo,sorte d'anti-journalisme fait de longue immersion dans un milieu donné et évacuant toute notion d'objectivité,cette base du métier périmée.Le film de Robinson et les livres de Thompson,comme sa vie,constituent en outre une apologie décomplexée de l'alcoolisme,du tabagisme et de la drogue,considérés comme les éléments indispensables à une existence épanouie.Depp est mauvais comme un cochon,tantôt apathique tantôt grimaçant,si c'est un hommage à Thompson il est foireux.C'est sur ce tournage qu'il a rencontré Amber Heard,qui joue la belle blonde de service avec cet air hébété et ce manque de présence qui la caractérisent.Comme quoi quand ça veut pas ça veut pas,puisque leur histoire d'amour sera orageuse.Insultes,échanges de coups,dépôts de plaintes et pour finir un joli procès à spectacle lors duquel on en apprendra des vertes et des pas mûres,comme quand Amber,très contrariée, a chié dans les draps de Johnny.Et dire que c'est ce genre de personnes qui vient nous faire la morale,vanter le monde des Bisounours,la douceur ouatée et la paix sur Terre.Aaron Eckhart a du charisme en enfoiré charmeur,hélas il apparait finalement peu.Le dénommé Michael Rispoli est gravement inexistant,alors qu'il hérite pourtant du rôle payant du side-kick marrant,en l'occurrence un photographe de presse poivrot et débrouillard.Giovanni Ribisi se vautre en surjouant à mort son journaliste alcoolo-camé,personnage déjà trop chargé à la base.Richard Jenkins est très bien en rédac-chef à moumoute,tandis qu'Amaury Nolasco,une des vedettes de "Prison Break", est bon en complice de Sanderson mais n'apparait que trop peu,d'autant qu'on nous l'annonce comme un type hyper dangereux et qu'il ne fera au final rien du tout,comme les autres d'ailleurs.