L'idée de proposer un quasi huis-clos au sein d'un grand magasin (type "La samaritaine", à laquelle la tagline de l'affiche fait directement référence) était originale et audacieuse, mais le résultat obtenu n'est pas une réussite, loin de là.
En effet, "Riens du tout" se révèle trop brouillon, trop inégal, et désormais affreusement daté en raison de son lourd ancrage dans les années 90, notamment sur le plan esthétique (un vernis qui aura peut-être son charme d'ici quelques décennies, qui sait?).
Le premier long-métrage de Cédric Klapisch est donc un film choral qui a le tort de cumuler de très nombreux personnages : trop, beaucoup trop en fait, d'autant que certains apparaissent mal écrits, transparents ou antipathiques, à l'image du "héros", un jeune pseudo rebelle insupportable (l'acteur Pierre-Olivier Mornas a d'ailleurs complètement disparu des radars).
Dommage car "Riens du tout" recèle quelques bonnes scènes, et propose une satire parfois efficace du monde de l'entreprise, au travers des nouvelles méthodes de management (saut à l'élastique, bivouac, expression corporelle, chorale...), ou de la mise en évidence d'un racisme latent (la scène du marathon). Sans tomber dans l'écueil du manichéisme primaire, Klapisch montre bien l'avidité et l'hypocrisie du système libéral (cf le dénouement).
Hélas, les bonnes intentions et les belles valeurs ne font pas nécessairement les bons films...
Heureusement, le réalisateur francilien fera beaucoup mieux dès sa deuxième tentative ("Le péril jeune"), à peine deux ans plus tard.
Dans ce premier essai globalement raté, on pouvait déjà deviner les contours du futur cinéma de Klapisch (urbain, choral, humain..), qui révélait au passage quelques nouveaux visages dont certains deviendront des fidèles (Simon Abkarian, Zinedine Soualem, Fabrice Luchini, Karin Viard, Jean-Pierre Darroussin...)