Entre Chisum de 1970, et Leș Cordes de la potencede 1973, Andrew V. McLaglen tourne trois films sortis en 1971 : Le rendez-vous des Dupes, le Dernier train pour Frisco et celui-ci, Rio Verde.
(Attention : spoilers ! Mais c'est sans importance car il faut voir le film pour le croire... et pour en rire).
En réalité le titre américain est bien meilleur Something Big : "un gros coup" ou "un super coup", un titre à double sens.
C'est l'objectif mystérieux d'un outlaw, Baker, ce "something big" qui est une rumeur qui parcourt toute la région proche du Nouveau Mexique au Texas, pour la cavalerie et ses éclaireurs, pour les bandits, les indiens et les commerçants de la région, et pour les femmes qui s'intéressent de gré ou de force à ce leader joué par Dean Martin.
Mais ce n'est pas un mystère pour le spectateur qui est mis d' emblée dans le confidence : c'est le projet de l'attaque d'un village de hors la loi mexicains qui ont accumulé un trésor, et qui sera réalisée à la fin du film.
Pendant cette année 1971, les trois films de McLaglen sont plutôt des comédies, la plus noire d'entre elles étant le Rendez-vous des Dupes.
Mais celui-ci Rio Verde (qui a sur SC des appréciations tres basses) est le plus explicite sur une constante chez McLaglen, qui le rend éminemment sympathique au fil du temps malgré la dysharmonie fréquente du ton et des intrigues.
Ce n'est pas tant le mélange d'humour et de tragédie que réussit si bien son maitre John Ford. Quand McLaglen va dans la tragédie il ne se risque pas au mélange des tons, cela reste homogène, comme dans Shenandoah - Les Prairies de l'Honneur. Il vaut mieux car dans ses autres films, la distorsion du ton est parfois plutôt malencontreuse.
Non, ce qui est constant, que j'apprécie de plus en plus à mesure que je vois ou revois ses films qui se dispersent sur plusieurs décennies, c'est son attaque constante, délibérée, jubilatoire, perfide, voire pernicieuse, de la bienséance.
Les situations ici sont grotesques ou burlesques, ou décalées : un trappeur dépenaillé (Denver Pyle) qui veut se plaindre à Washington du chef de la cavalerie (Brian Keith), un couvre chef sioux qui est offert à celui-ci pour sa retraite, un éclaireur pince sans rire et incompétent (Ben Johnson) qui rit sous cape des déboires conjugaux de son commandant, un chef de gang (Dean Martin) poursuivi par une fiancée acariâtre, soeur de son adjoint écossais expert en cornemuse (Don Knight). Surtout, toutes les péripéties sont traversées par le pitch principal de l'affaire : pour réussir le "something big", il faut à Dean martin une Gatling, la fameuse mitrailleuse invincible, qu'un bandit chiqueur, sale et laid doit lui fournir en échange d'une femme, le rêve de sa vie, n'importe laquelle. Baker, joué par Martin, n'aura de cesse de la rechercher, jusqu' à ce qu'il enlève la très belle mais pète-sec femme du capitaine jouée par Honor Blackman. Entre temps, deux soeurs nymphomanes ne cessent d'abuser des chalands qui passent sur la frontière dont font partie les protagonistes principaux de l'histoire, etc. etc.
Si on attend un western d'action comme McLaglen est capable d' en faire, on sera déçu - quoiqu'il y ait de l'action.
Il y a surtout des trognes et des silhouettes, à la fois caricaturales mais bien choisies parmi les horses soldiers, les bandits américains, mexicains et les indiens, et leurs costumes sont extrêmement soignés.
Si donc on est sensible à cette impertinence de McLaglen, à cette revanche hilarante sur la bienséance et les convenances (y compris celles des hors-la-loi qui ne sont pas épargnées) jusqu'à l'outrage parfois, ce que je retrouve dans presque tous ses films, on aimera cet opus sans plus grande prétention qu'un divertissement, qui n'est pas si machiste que ça car les femmes ont de la tenue, de la dignité, de la persévérance et ma foi, ce sont elles qui gagnent à la fin.
Si on n'aime pas trop ça, plutôt aller voir, du même, Les Prairies de l' Honneur ou La loi de la Haine.