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Un clip télévisé, une mention d’un hôpital Henry Ford et d’une école élémentaire Lee Iacocca, est tout est dit.
Non content de placer en toute logique l’automobile au centre de la culture de Old Detroit, ces menus détails installent illico cet univers où deux businessman réputés pour leurs méthodes agressives envers leurs compétiteurs et brutales envers leurs employés ont la mainmise sur la santé et l’éducation de la société américaine.
C’est l’ultra violence que Verhoeven adore au cinéma qui se justifie ici par la manne ultra-capitaliste qui légitime ses propres excès par le contrôle des forces de l’ordre. Dans un monde où tous les services publics sont privatisés, où les entreprises sont peu à peu considérées comme des individus, il fallait un bien qu’apparaisse la figure de RoboCop, être à la croisée de l’industriel et de l’organique. Une apparition qui se fait d’abord par filtres interposés, par plans incomplets, avant de dévoiler ce chevalier en armure des temps modernes, à la chasteté imposée (le cinéaste a imposé à Nancy Allen de se couper les cheveux court et de prendre du poids pour effacer tout possibilité de romance dans l’esprit du spectateur).
Mais dans son combat hardi contre les barons de la drogue, Sieur Murphy remonte le fil qui mène jusqu’à son Seigneur OCP, entité démoniaque gardée par le dragon ED-209, et le pourfend, devenant héros de la plèbe. Ça mitraille, mais ça humanise. Ça violente, mais ça touche à l’intime. Mais c’est surtout sacrément jouissif, tant par l’énergie débridée qu’amènent Verhoeven et la partition de Poledouris, que pour les incroyables designs et effets de Rob Bottin, Phil Tippett et leurs équipes. RoboCop devient une icône. L’ironie de ce pamphlet anti-capitaliste étant qu’il va être lui-même surexploité, engendrant des séries (deux animées, deux live) , un merchandising poussé pour les gamins (que nul parent censé ne devrait mettre devant le film), et deux suites opportunistes (enfin, surtout le 3, RoboCop 2 est passable) pour ajouter des gadgets qui deviendront jouets à leur tour.
Pour sa seconde incursion aux USA après Flesh and Blood, Verhoeven continue d’imposer sa vision extérieure au système hollywoodien pour mieux défourailler sur les dérives d’un pays consommé par l’appât du dollar. Conspué par la gauche qui voit du réac’, adulé par la droite qui voit de la copagande, le néerlandais semble condamné à se heurter à la stupidité d’un public américain beaucoup trop buté pour saisir une satire pourtant pas finaude (mais efficace). Expérience qui se réitérera sur Starship Troopers, pour lequel RoboCop faisait déjà les bouts d’essai via cette dérision constante et la construction de l’univers à travers les médias dans la diégèse (une sinécure pour les scénaristes tant le procédé permet une exposition sans embarras).
Quant au monde qu’il dépeint, heureusement qu’on en est loin, n’est-ce pas? N'est-ce pas??
P.S. : Je vous conseille tout de même de jeter un œil au jeu Rogue City, sorti en 2023, qui utilise à bon escient le film de Verhoeven.