Adaptation animée de l’album Rock Bottom signé Robert Wyatt, la ballade musicale de María Trénor se fait l’euphémisme d’une relation violente et autodestructrice.
C’est l’histoire d’un homme torturé par son propre génie ; l’histoire d’un artiste au talent vénéneux ; l’histoire d’une contagion, celle d’une compagne embarquée malgré elle dans les déboires du grandiose. Une relation passionnelle, on vous dira. Mais si vous tendez l’oreille, entendrez-vous peut-être les percussions des violences psychologiques. Chères lectrices, si votre partenaire vous propose de l’héroïne pour libérer vos shakras et votre potentiel créatif : fuyez.
La mélodie du malheur
Un peu de tempo, quelques notes et pas de danse, et nous voilà lancés dans un incipit La-La-Landesque, brusquement écourté. La couleur est annoncée : Rock Bottom ne se réclame pas de ces comédies musicales idéalistes. En 1973, Robert Wyatt chute de quatre étages et perd l’usage de ses deux jambes. Le rocher du fond, est-ce le cruel bitume new-yorkais ? Ou bien les coraux des lagunes espagnoles effleurés par Bob et sa compagne Alif, un an avant la tragédie ?
L’album éponyme, chef-d’oeuvre du rock progressif, fredonne un récit de guérison, physique et psychologique. Car avant New-York et ses gratte-ciels, il y a une autre dégringolade, il y a Majorque, il y a Alif. Le film compose une double temporalité tout le long de sa partition. Avec la chute de Bob Wyatt rime alors le souvenir de la débâcle de sa relation avec Alfreda Benge.
Les aspirations de Rock Bottom dépassent celles du récit autobiographique ou de l’adaptation. Plongée psychédélique dans un monde saturé de couleurs et de musicalités enivrantes, le film chavire entre le rêve et le cauchemar, le spectacle et l’abstraction. Cette ambivalence abreuve le portrait même du couple formé par Bob et Alif. Co-dépendance et violence partagée y jouent en diapason.
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