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Mémoire d'été
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le 13 avr. 2026
Le cinéma de Carla Simón s’inscrit dans l’autobiographie au long cours : le magnifique Été 93 relatait son arrivée chez son oncle et sa tante à la suite du décès de ses parents, et l’intégration à une nouvelle cellule familiale. Nos Soleils évoque la mémoire des vergers familiaux où elle passait ses étés. Romeria ne déroge pas à la règle, en s’intéressant à son entrée dans la vie d’adulte : Marina, son double, s’apprête à commencer ses études supérieures, et a besoin pour obtenir sa bourse du certificat de décès de son père. L’occasion pour elle de renouer avec cette partie de sa famille, sur la côte Atlantique qu’elle ne connaît presque pas, de d’éclairer un passé refoulé et de redéfinir sa place.
On retrouve d’emblée le cinéma spontané et collectif qu’affectionne Simón, qui fait toujours la part belle à la jeunesse tout en esquissant les structures d’une hiérarchie d’autorité avec les figures parentales. Les langues se délient, les conflits éclatent, et l’on tente, par l’argent, de financer les études de Marina pour régler la situation tout l’encourageant à ne plus trop poser de questions.
La place de la jeune fille est le corps même de retrouvailles inefficaces, où se réunir permet surtout d’évaluer le caractère infranchissable de certaines distances. Les non-dits sont en effet légions dans cette bonne famille où l’on assume mal les conséquences des années 80, cette folle Movida qui a emporté dans ses excès une jeunesse ravagée par l’héroïne et le SIDA. La réclusion, le tabou, le deuil abîmé par la honte s’opposent en tous points à ces réunions de familles solaires et qui se voudraient cordiales, et opacifient la transmission. Dans cette valse d’un groupe à l’autre, Marina reste à distance, dans un surplomb taiseux qui absorbe tout ce qui peut l’être, tout en s’affranchissant d’une possible intégration.
Car Simón filme surtout la naissance d’une cinéaste : armée de son caméscope et du journal intime de sa mère, Marina enquête et maintient l’espace nécessaire entre elle et le monde pour pouvoir le filmer. La découverte de ces nouveaux lieux prend ainsi les allures d’un repérage, où le statut de l’orpheline est ambivalent, à la fois en quête d’identité et de matériaux pour une reconstruction qui inclura, forcément, l’imaginaire. La frustration face à l’impossibilité de reconstituer complétement la part manquante excite sa créativité, dans un dernier segment onirique qui va convoquer le Monika de Bergman, le Zabriskie Point d’Antonioni ou le More de Schroeder. Une parenthèse solaire et insulaire de la vie de ses parents, qui accepte sa part d’artifices et annonce peut-être un nouveau chapitre de la carrière de la cinéaste.
(7.5/10)
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le 8 avr. 2026
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