Après le chef d’œuvre Ela Veezha Poonchira, Shahi Kabir revient avec un nouveau polar, forcément nihiliste, forcément désespéré...
Ronth, ça veut dire « Patrouille » en malayalam, et le film raconte justement l’histoire de deux inspecteurs de police chargés de patrouiller la nuit dans un petit bled du Kerala. Le premier est un vieux grigou ventripotent, débonnaire et vaguement corrompu. Le second est un tout jeune policier, sec, naïf et impulsif. Le film suit donc leur patrouille de nuit où ils seront confrontés à divers évènements tragiques : crime d’honneur, suicide, violence conjugale etc… Face à ça, la roublardise du vieil inspecteur se confronte évidemment à l’inexpérience idéaliste du jeune. S’étirant interminablement, la nuit qui ne semble pas vouloir finir est ainsi l’occasion d’approcher d’une façon quasi documentaire les tensions sociales qui minent la société indienne… Sauf que si Kabir apporte, par son statut d’ancien flic, ce regard documentaire, c’est aussi et surtout un excellent cinéaste. Alors, pendant que le spectateur voit défiler les horreurs du quotidien, se trousse peu à peu la terrible histoire du film.
On connait Shahi Kabir pour l’avoir vu à l’affiche d’une série de films importants mettant en scène la police du Kerala dans des drames aux circonvolutions inattendues : Scénariste de l’excellent Nayattu (de Martin Prakkat en 2021), du fantasque Officer on Duty (de Jithu Ashraf 2025) et surtout réalisateur scénariste du chef d’œuvre Ela Veezha Poonchira en 2022. Pour son second film à la réalisation (et au scénario) Kabir retrouve le même chef op’ et le même compositeur que la dernière fois, assurant à Ronth une puissance formelle impressionnante. Comme pour son précédent opus, le film est à nouveau porté par un couple d’acteurs impeccables – le génial Dileesh Pothan et Roshan Mathew (tous les deux vus dans le superbe Moothon). Sûr de lui, Kabir prend son temps et dilate l’effrayante banalité de son récit jusqu’à son dénouement déchirant, sans que l’on puisse deviner où le récit nous même, jusqu’à ce que l’inéluctabilité du drame nous saisisse à la gorge. Sans être aussi terrassant qu’Ela Veezha Poonchira, Ronth s’impose sans peine comme un polar brillant, noir et désespéré, nouvelle preuve – comme s’il en fallait encore – de la vivacité de ce genre de films dans le sud de l’Inde.