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Jouet Club.
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le 12 oct. 2025
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Inspiré de l’histoire vraie de Jeffrey Manchester, un ancien militaire reconverti en braqueur. Doté d'un sens aigu de l'observation, d'une capacité d'analyse supérieure à la moyenne, il développera une façon ingénieuse (entrer par les toits, d'où le titre) de braquer des McDonald's, une vingtaine au total. Ce qui l'amènera à faire un séjour en prison – 45 ans tout de même – avant de s'en évader. S'ensuivront des mois de cavale, caché dans un magasin Toys “R” Us.
De ce postulat alléchant, "Roofman" n'en fera rien (ou presque). L'anecdote sensationnaliste n'est qu'un prétexte, ici il s'agira avant tout d'un portrait. Portrait d’un personnage d’abord, mais aussi celui d’une Amérique fracturée, celle où il faut désormais tricher pour accéder au rêve américain.
Ce qui frappe d'abord, c’est l’indifférence au spectaculaire. Passée une introduction qui dira et montrera tout ce qu’il y a à savoir sur l’histoire et ses personnages (délitement familial, difficultés économiques, …), tout en expédiant le côté ludique du film. Le reste tendra vers l’étude de caractère et de territoire. Pas question ici d’impressionner avec les arguments vendeurs de la promo (le postulat de base extrêmement accrocheur), les velléités ludiques sont vite délaissées.
"Roofman" n’en devient pas premier degré pour autant, ça reste une comédie, comédie noire qui plus est, donc plutôt subtile quand il s’agit de "dire des choses". Aucun jugement ici, le personnage principal ne sera jamais traité comme un criminel empêtré dans sa situation, mais comme un homme qui se débat comme il peut dans un pays qui ne laisse que peu de manœuvre pour s’élever. En sourdine, Derek Cianfrance conte la fin du rêve américain.
Derrière son côté plus accessible, plus coloré, "Roofman" ressemble bel et bien à un film de son auteur. Des désaxés pris dans les méandres d’un système et qui cherchent à dépasser leurs conditions. Le personnage joué par C.Tatum n’est finalement pas si éloigné de celui incarné par Ryan Gosling dans "The Place Beyond the Pines". Représentation d’un couple qui cours à sa perte sans même le savoir, d’un amour presque impossible face aux épreuves de la vie, façon "Blue Valentine". Si je n’ai pas vu son "Une vie entre deux océans" ni "Brother Tied" (inédit chez nous), force est de constater que son 5ème film est celui qui affiche le moins d’ambition, tout en s’inscrivant parfaitement dans les thèmes de prédilection de D.Cianfrance.
C’est peut-être là, dans cette absence d’ambition, que le film touche le plus. Avec sa sensibilité, le réalisateur se place à hauteur d’humain. Quand un McDo se fait braquer ou qu’un magasin de jouets se fait infiltrer, Cianfrance n’en a que faire, il privilégie toujours les petits gestes et leurs conséquences. Ces "conséquences" offrent au film ses plus belles scènes, celles où le personnage principal réalise qu’il perd peu à peu ses attaches : l’abandon forcé de sa famille, sa relation avec le personnage de Lakeith Stanfield – sorte de meilleur ami pour notre "héros" –, l’impuissance face à ce qui lui échappe.
À hauteur d’humain donc, mais surtout sans jamais juger. Cette absence de jugement est aussi une manière de ne pas en rajouter. Mine de rien, la narration dévoile sans forcer les véritables motivations du film : montrer comment l’Amérique et son système cabossent l’existence de ses citoyens, surtout les laissés-pour-compte. Le tout avec subtilité, jamais appuyé par les dialogues.
Le choix de casting tient de l’évidence : Channing Tatum, acteur capable de tout faire passer en un regard ou une moue, dont la douceur se lit dans le visage et surtout dans les yeux. Sa simplicité de jeu sied parfaitement au film.
Sorti dans une relative indifférence, "Roofman" se voit même cantonné au streaming – Prime Video – en Europe (à l’exception de la Belgique, qui ne sort rien en vidéo ou streaming si le film n’a pas été diffusé en salle). De quoi interroger sur la manière dont on distribue les films à notre époque. Ici presque sacrifié, faute d’avoir fait un petit chiffre aux États-Unis. Ce n’est pas nouveau, mais dans le marasme des sorties actuelles, soutenir un tel film aurait pu s’avérer payant. Au-delà de l’analyse de comptoir (je ne suis pas expert marketing), en tant que spectateur j’aimerais voir davantage de films « adultes » sortir en salle. Que le cinéma américain retrouve un peu de ses couleurs et soutienne ses auteurs, surtout lorsqu’ils signent une belle réussite comme celle-ci.
"Roofman" n’est pas tant le récit d’un braqueur qui se planque durant des mois dans un magasin de jouets que celui d’un père de famille qui cherche comment tenir debout dans un monde qui le contraint à plier. Cianfrance capte avec sensibilité et douceur, écartant presque la brutalité des évènements. En le regardant tel qu’il est, un être humain, il lui laisse le droit de se débattre, mais aussi de se tromper. Le film tient à J.Manchester, même lorsque lui-même ne tient plus à grand-chose. Qu’importe donc s’il tombe.
Si Derek Cianfrance ne signe pas son film le plus flamboyant, son honnêteté désarmante a de quoi ravir les cœurs les plus durs.
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Créée
le 27 déc. 2025
Modifiée
le 26 janv. 2026
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