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« People are roses. Families are Rosebushes. Rosebushes mean : pruning. »
Le film s’ouvre sur un plan bien léché dans lequel se rencontrent le bleu de l’océan et celui du ciel fissuré par une traînée de nuages. En voix off, Edward Taylor (Calum Turner) interroge son « meilleur ami » George (Yorgos Stefanakos) sur sa maîtrise des codes de la mode et du luxe. Les premières minutes se concentrent sur la relation entre ce brillant médecin d’Athènes (clin d’oeil à Lanthimos ?) en congrès en Espagne et Edward, qui a quitté New York avec sa famille depuis six ans. Ces quelques premiers dialogues s’occupent de dresser le portrait d’Edward et peut-être le pinceau est-il un peu gros pour que les traits soient fins. On comprend à tout le moins très vite que la famille Taylor aime le luxe, les marques, la mode, et vit en autarcie dans une somptueuse villa d’architecte. Dans cette bulle de faste et de glauque, une outsider (Riley Keough) pénètre et vient dérégler l’ordre des choses.
Les dialogues frôlent le grotesque tout au long du film et parviennent à nous arracher des rires, bien utiles pour évacuer le sentiment de malaise qui monte en nous dès la première scène de famille. Nombre d'entre elles évoluent ensuite sur une ligne de crête entre la satire grotesque (dans le sillon de Sans Filtre (Ruben Östlund, 2022) ou de Sick of Myself (Kristoffer Borgli, 2022) et le portrait de famille simplement nauséeux. Car il est question d’inceste, et cette question d’inceste devient vite une overdose de signes, symptômes et symbols, puis de séquences explicites qui soumettent le spectateur.ice à rude épreuve. On peut bien imaginer que l’écoeurement soit précisément recherché, et qu’il s’y niche - quoique jamais vraiment cachée - une critique de cette société fortunée vivant dans le luxe et la luxure, organisée autour d’un père immonde et incestueux devenu aveugle. La raison de cet accident, trop tôt dévoilée puisqu'on on eut voulu qu’elle ne le soit jamais, est l’une de ces choses qui sont de trop dans le film. Les relations parents-enfants et celles au sein de l’adelphie pourrissent et fanent jusqu’à diffuser cette odeur acre et repoussante. L’insistance du faux dicton en ouverture nous avait - trop grossièrement ? - mis sur la piste de la taille des roses moisies, et l’on se met à attendre avec impatience la venue du jardinier. Karim Aïnouz ne parvient pas, malgré quelques scènes efficaces, un casting sans faute, une très belle photographie (grain charmant, couleurs acidulées, plans très travaillés) et une BO qui claque, à nous embarquer totalement dans son Rosebush Pruning : derrière une esthétique ultra soignée, il nous invite à descendre au plus profond, dans l’abject de la vie d’une famille quasi sectaire. Or, la dissimulation de l’immonde derrière le pimpant, en plus d’être un ressort cinématographique qui ne tient pas de la trouvaille, finit surtout par faire écho au film lui-même qui peine à transformer la saturation et l’écoeurement en une forme renouvelée de la satire grotesque. Le beau vernis, signé Hélène Louvart, s’écaille dès lors qu’on cherche à gratter un peu. Aïnouz maîtrise parfaitement la surface de son film, mais cette maîtrise esthétique en devient aussi la limite, puisqu’elle redouble finalement ce que le film entend critiquer.
Créée
le 30 août 2026
Critique lue 39 fois
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