J'avais un peu peur que le cinéma des frères Dardenne aient tendance à se répéter… et c'est justement le cas. Sans être un calque de La Promesse, on retrouve dans Rosetta ce personnage principal très jeune, interprété par un acteur inconnu du grand public, responsable dans un monde d'adultes défaillants, avec pour cadre l'exploitation par le travail et la nécessité de faire un choix face à cette même exploitation.
Malheureusement, là où La Promesse se rapprochait du pathos, sans tomber totalement dedans pour autant, Rosetta s'y jette les deux pieds. Un pathos tellement appuyé qu'il provoque sa propre annihilation jusqu'à cette scène de tentative de suicide qui n'a absolument eu aucun effet sur moi.
L'écart d'âge, aussi faible soit-il, face au protagoniste de La Promesse apporte lui aussi un autre défaut. Face à Igor, davantage considéré comme une victime du haut de ses 15 ans, qui n'est encore qu'un enfant, qui est encore moins maître de ses choix, Rosetta, elle, a sensiblement plus de maîtrise sur le monde qui l'entoure. À partir de là, j'ai beaucoup plus de mal à accepter l'insistance des Dardenne sur différents agissements, choix, de sa protagoniste ; la traiter comme si elle n'avait aucune possibilité d'agir, là où certaines de ses décisions prouvent précisément que ce n'est pas le cas.
Je comprends cette volonté de faire de Rosetta un personnage digne, qui cherche à s'accomplir par le travail, qui en recherche activement un, qui évite les aides, qu'elles qu'elles soient, et à vrai dire, c'est plutôt louable… mais mis à part lors de deux scènes, le long s'épargne de nous montrer ce personnage en train de travailler ou de créer quelque chose. Pas pour rien que ma scène préférée est justement cette scène dans laquelle le patron montre à Rosetta comment fabriquer des gaufres, où on la voit travailler. Scène qui se clôt, de surcroit, sur ce plan où on voit Rosetta ainsi que l'ex-employé dans le même cadre : la concurrence entre chercheurs d'emplois émaillent l'intégralité du récit, et pourtant, c'est lors de cette scène, qui se termine pourtant dans le silence, que le film en dit le plus sur son sujet. Dans le même registre, on comprend qu'elle et sa mère réparent des vêtements usagés : c'est le genre d'éléments qui auraient pu être approfondis sans pour autant oublier l'autre sujet de fond qui est l'accès au travail.
C'est d'autant plus regrettable que s'il y a bien quelque chose que permet de faire le cinéma naturalisme, c'est de montrer le corps en action, de le faire passer sans parler par la voix (à moins que ce soit l'inverse), ce que font les réalisateurs certes, mais encore une fois en insistant sur certains éléments moins pertinents que d'autres. L'insistance sur les chaussures, ou pire, sur le personnage de Riquet par exemple. Certes, c'est volontairement lourd… mais c'en est peut-être trop. Au point où ç'a contribué à me faire sortir du film.
Que mon propos soit clair, ce n'est pas le surplus de misérabilisme qui fait que j'ai été déçu par ce film, j'ai déjà vu des longs plus pertinents qui montraient des événements plus graves. Même la proximité avec La Promesse, autant au niveau du motif que de la mise en scène, je suis prêt à l'accepter. Malheureusement, il fallait que j'adhère à l'écriture et les choix de quoi montrer ou non, ce qui n'est manifestement pas le cas.