Revoir aujourd’hui Sabrina, c’est constater comment le cinéma américain abordait la comédie romantique dans les années 50.Billy Wilder a réussi beaucoup de choses dans ce film. La première fut cette relecture de la fable, où la princesse en devenir est une fille de chauffeur de maîtres.Tout le film consistant à observer son évolution: celle d’une jeune femme souffrant d’un amour aveugle pour un fils à papa avec lequel elle a grandi et qui va ouvrir les yeux sur les sentiments qu’elle éprouve pour son frère plus âgé,posé et réfléchi derrière des apparences rigides.Le noir et blanc, des situations changeantes dans le récit empêchant le film de cataloguer hâtivement les personnages et les prestations habitées d’Audrey Hepburn et d’Humphrey Bogart donnent au film son véritable éclat. Sabrina nous rend aussi nostalgiques d’un cinéma qui prenait son temps pour exposer, faire comprendre et n’étant pas naïf, bien au contraire Dans ce film, Billy Wilder dose aussi idéalement la comédie et le drame pour que son film ne soit ni trop tendre ni trop tragique.Et puis, comment ne pas être séduit par les dialogues, leur à-propos et leur percussion? Cela semble si facile mais révèle une mécanique bien rodée.Dans les échanges entre Linus et Sabrina, qui ne se disent jamais je t’aime jusqu’à la fin, leurs paroles sont des moyens détournés pour se l’avouer.Et ces regards de timides camarades, des postures pour ne pas trop s’emballer de leur amour naissant. La fin du film sur le bateau finit par reléguer l’épilogue convenu du conte. L’important étant tout ce qui était arrivé auparavant dans la dissonance, les erreurs de Linus et dans ce cloisonnement des classes semblant infranchissable.Sabrina,près de soixante-dix plus tard, parvient à toucher et à nous faire réfléchir sur les mouvements du cœur humain.C’est sa qualité la plus remarquable.