Divulgâchage dans ce billet.
Sabrina est une comédie romantique particulièrement réussie par un Billy Wilder aux manettes à l'écriture - où il est comme toujours très à son affaire- et à la réalisation, qui reprend et actualise les motifs de Cendrillon pour en faire un conte de fée moderne.
Le film est plaisant à suivre et bien écrit, mais il est surtout dominé par ses interprètes, à commencer par la pétillante Audrey Hepburn, et un William Holden convaincant (malgré un peu trop d'années au compteur en comparaison de la très jeune Hepburn) en play-boy inconstant et égocentrique. Et si on peut se dire que le film aurait sans doute eu une autre aura avec Cary Grant dans le rôle de Linus Larabee comme c'était prévu à la base, Humphrey Bogart s'en tire magnifiquement dans son rôle (un peu à contre emploi) de vieux bougon manipulateur rattrapé par ses propres sentiments. Les seconds rôles ne sont pas en reste et la bande de domestiques, premiers supporters de Sabrina, sert de vecteur aux sentiments des spectateurs vis à vis de la jeune fille.
Le film est particulièrement intéressant à cause de la figure de Linus Larabee, qui fait tout à la fois figure d'antagoniste et de protagoniste de cette histoire d'amour. On ne sait pas trop que penser de cet homme d'affaires taciturne qui marie son jeune frère par intérêt, et manipule les sentiments d'une jeune fille se mettant sur le chemin de la fusion qu'il a mis en place. Bogart arrive tout de même à glisser une forme d'humour à froid et cynique au personnage qui le rend sympathique malgré son comportement machiavélique.
Wilder profite de ce film pour dresser un portrait d'une société fracturée (on pourrait même parler de lutte des classes) entre les nantis Larabee et leurs domestiques Fairchild en multipliant les lignes de démarcations entre les deux mondes (terrain de tennis, vitre de la voiture, ombres et lumière,...), pour pouvoir mieux réunir ces deux mondes à la fin de son film lorsque Linus rejoint Sabrina.
Pour que la réunion soit complète, Linus devra finalement se séparer de son parapluie, accessoire symbolisant son coté prévoyant en toute circonstance, et demandera à Sabrina de modifier son chapeau, ce double changement d'accessoires représentant un retour à la spontanéité et à l'humanité.
Sabrina devra quand à elle faire un pas vers Linus en laissant échapper un rêve (celui de David) pour accepter une réalité.
La réunion de ces deux êtres qui se veut symbolique de la réunion de ces deux classes sociales s'avère, au fond, le véritable conte de fées auquel Billy Wilder parvient à nous donner envie de croire.