Sorti en 2005, Saint-Jacques… La Mecque est pourtant le dernier long-métrage de fiction réalisé pour le cinéma par Coline Serreau, voilà plus de vingt ans déjà. La réalisatrice à la filmographie qualitativement très hétéroclite s’est depuis tournée vers le documentaire, la télévision et le théâtre. Saint-Jacques… La Mecque est aussi l’un des derniers films de la réalisatrice que je n’avais pas encore vus, et à tort, car le long-métrage se situe parmi les meilleurs de son travail.
Saint-Jacques… La Mecque raconte l’histoire d’un pèlerinage, celui de deux frères et une sœur qui ne peuvent pas se blairer, mais qui doivent, pour satisfaire les dernières volontés de leur mère, faire la route ensemble pour toucher un héritage. Accompagnés d’un guide et de quelques autres marcheurs, ils prennent donc la route à contre-cœur pour l'appât du gain, mais trouveront beaucoup plus au bout du chemin.
Pas vraiment de surprise quant au cheminement du film et des personnages, on reste sur du road movie classique avec des personnages qui termineront forcément enrichis et différents du chemin parcouru. Mais si la route reste balisée et que tout le monde sait dès le départ ce qu’il en sera à l’arrivée, la balade n’est pas pour autant désagréable, bien au contraire. Film de groupe plus que film choral, Saint-Jacques… La Mecque réussit déjà l’équilibre parfait entre ses neuf protagonistes. Bien sûr, le trio de frères et sœur reste l’axe narratif principal du long-métrage, mais tous les personnages vont trouver leur place naturellement au sein du film comme au sein du groupe. Tous auront droit à leur propre intrigue, leur propre axe narratif, leur propre personnalité et leur petit moment de gloire ou d’émotion. Même si les personnages sont assez clairement caractérisés, jamais Coline Serreau ne sombre dans une forme de facilité qui consisterait à empiler les clichés pour tomber à pieds joints dans la caricature. Forcément, même si le film doit beaucoup à l’écriture très inspirée de Coline Serreau, qui retrouve parfois l’état de grâce de La Crise, la bande de comédiens et comédiennes n’est pas étrangère à la réussite de l'ensemble. Muriel Robin, qui n’est pourtant pas une actrice ni une humoriste que j’apprécie particulièrement, est très amusante en enseignante bourrue mais généreuse ; le regretté Artus de Penguern est parfait en chef d’entreprise fier de sa réussite apparente mais complètement paumé et Jean-Pierre Darroussin s'accommode merveilleusement bien son éternelle douceur mélancolique à ce chômeur alcoolique et bohème. En plus de ce trio principal, on retrouve Pascal Légitimus qui incarne le guide, Marie Bunel avec un personnage qui se bat contre le cancer, les jeunes comédiennes Flore Vannier-Moreau et Marie Kremer ainsi que deux jeunes comédiens prometteurs, Nicolas Cazalé et Aymen Saïdi.
Sans être aussi mordant et engagé que sa comédie de référence La Crise, le film n’est pas tendre avec l’hypocrisie et la suffisance de certains religieux, sans pour autant se moquer de la religion elle-même. On retrouve donc avec bonheur ce qu’on aime chez Serreau : la tendresse, l’humour, l’humanité et l’engagement. Visuellement, le film est de nouveau tourné en numérique mais l’image ne s’en ressent pas trop, Coline Serreau s’appuyant notamment sur de magnifiques décors naturels. Saint-Jacques… La Mecque est également rempli de séquences oniriques et surréalistes qui viennent renforcer les tourments intérieurs des différents personnages. C’est parfois assez joli, on pense même souvent au surréalisme d'œuvres à la Magritte, mais c’est aussi parfois beaucoup moins réussi, les effets numériques ayant cette particularité de vieillir très vite et surtout sans le moindre charme.
Neuf ans après La Crise et après trois films ratés, Coline Serreau revenait donc en forme avec Saint-Jacques… La Mecque. Dommage que ça reste à ce jour son dernier long-métrage de fiction pour le cinéma, car la réalisatrice semblait avoir retrouvé le mojo avec cette jolie histoire de déambulation sur les chemins de l'amitié et de la fraternité.