On ne peut pas enlever à Marlin la volonté de vouloir représenter une partie de la population des quartiers ainsi que le courage de filmer des acteurs non-professionnels mêlé à une histoire de mysticisme islamique.
Ceci étant dit, Salem m'a un peu déçu.
L'ambition fait envie, mais le film tel quel est confus. Je vois les intentions, mais l'émotion est mitigée. J'aime la plupart des situations, leurs prémisses, les personnages certes.
Les souvenirs sont en train de s'évanouir, mais quelques éléments m'ont marqué. Déjà, la gestion du personnage de Camilla 15 ans plus tard, est pour ainsi dire, inexistante. Etrange, étant donné que c'est censé être le second protagoniste.
Ensuite, toujours dans la deuxième partie, la communauté gitane, très intrigante, est également survolée. Sans parler de leur représentation : caravanes et fusils. Je ne dis que cela n'est pas vrai dans certains quartiers de Marseille, mais bon, cela ne remet pas en cause la vision BFMTVesque qu'on s'en fait. Cependant, je pense que le portrait qui m'a le plus étonné n'est pas celui-ci.
Effectivement, la représentation de l’Islam, en particulier via le personnage de Djibril est à côté de la plaque.
Exemplairement, son suicide à la fin donne une très belle image avec cette « métamorphose » en grillon, mais passe à côté d’un fait majeur : un musulman très croyant et pratiquant a choisi de se donner la mort. Les implications de cette décision devraient être dantesques pour un personnage comme celui de Djibril, seulement, le film se conclue quelques minutes plus tard. Certes, cela a été un peu préparé en amont avec les occurrences de Djibril criant qu’il veut mourir (la 1ère fois à l’HP au début il me semble) mais cela se réduit à portion congrue.
Cette thématique du croyant voulant mourir pourrait à elle toute seule être le sujet du film, mais devrait être à minima un arc du personnage. La poésie du geste final sacrifie toute cohérence et crédibilité à Djibril en tant que musulman.
Il y aurait pu avoir une intrigue où un Imam, ayant vent du mysticisme de Djibril, veuille le confronter à cela. Peut-être que Djibril, étant croyant, serait déjà assistant de cet Imam, qui voit d’un mauvais œil son tournant prophétique. On pourrait même lier cette thématique avec celle de la politique de la ville (très furtive dans le film final) avec un élu refusant certaines subventions à la mosquée ou un permis de construire, enclenchant une série d’évènements dont nous vous laissons le soin d’imaginer où elle aurait pu mener, mais permettant d’élargir le spectre du film et d’y mêler directement Djibril.
L’absence d’un personnage tel que l’Imam m' a sincèrement surpris, tant cela semble logique dans la diégèse du film, sachant que Djibril est bien connu, que ce soit aux Grillons ou aux Sauterelles (surtout quand il est plus vieux).
Enfin, il faut aborder le montage entre l’Aïd et l’égorgement de Bison. J'étais là quand un spectateur a demandé à JB Marlin d’éclaircir le sens de ce choix, et il a simplement répondu qu’il n’y en avait pas, si ce n’est pour faire un parallèle visuel de deux égorgements simultanés.
C’est étonnant de n'avoir que cela à répondre, étant donné la symbolique majeure et irréfutable de la fête de l’Aïd dans l’Islam, religion au cœur de Salem. Il y a la notion de dévotion à Dieu, venant de l’épisode d’Abraham et du sacrifice de son fils, mais cela ne marche pas dans le cadre de la narration du long-métrage. Peut-être voulait il refaire la fin du Parrain I à la sauce marseillaise, mais cela semble encore une fois un choix qui fragilise la crédibilité du film.
Globalement, j'ai eu l’impression d’un film fait de manière flagrante par un non-musulman non renseigné.
Puisque que le film a été amputé de 20 minutes depuis sa présentation à Cannes l’an dernier, peut-être que certains élément que nous avons soulevés ont pu être présents à un stade de la production. Si tel est le cas, leur absence s’est fait sentir.
Je n'aurai pas glosé autant dessus si Marlin n'en avait pas fait la colonne vertébrale du film.
Il aurait fallu avoir conscience du sérieux que demande le sujet et consulter des personnes compétentes pour consolider cela, ou admettre que le thème est trop gros pour un seul homme peu renseigné.
Mais je sens que si JB Marlin avait un collaborateur / une collaboratrice qui encadrerait le projet et permettrai un échange créatif, cela aurait été pour le meilleur.