Une révolution comme on en voit rarement


Le couteau et la serpe s’émoussent, mais la langue de l’homme est toujours tranchante.



Après son excellent western Colorado Sergio Sollima estimait que le personnage de Manuel Cuchillo Sanchez qui faisait équipe avec Lee Van Cleef était digne d'avoir sa propre aventure solo (chose avec laquelle je suis pleinement d'accord), c'est ainsi que Saludos, hombre vit le jour. On ne va pas se mentir, malgré le fait que ce film soit savoureux, récréatif et attrayant à regarder avec quelques chouettes moments d'action, on est bien en dessous des deux autres grand western (Colorado et Le Dernier face à face) réalisé par le cinéaste. Faute à une réalisation bien moins impliquée et inspirée avec des plans en dessous de ce à quoi nous avait habitués Sollima dont un rythme qui a du mal à tenir sur la longueur, néanmoins on ne va pas exagérer cela reste tout de même de qualité.


Saludos, hombre est un western violent au propos sérieux où la comédie n'a à la base pas trop sa place, seulement, le récit se retrouve fortement contrasté par les gaffes comiques du personnage Cuchillo, qui ont grandement fonctionné sur moi. L'intrigue est riche, nous suivons Cuchillo Sanchez (Tomas Milian) qui se retrouve une fois encore au mauvais endroit au mauvais moment, embraqué dans une sale affaire dans laquelle il va se retrouver poursuivi par un mystérieux chasseur de primes américain vêtu de noir Nathaniel Cassidy, un duo de mercenaires Français froids et calculateurs, des révolutionnaires mexicains, une troupe de bandits pas très futés, l'armée mexicaine et même deux belles femmes. Tant de groupe différent à traiter que cela a tendance à saccader et entrecouper le film rendant le tout un peu long, avec des actions certes entraînantes avec des tortures et des duels mais loin d'être mémorables, malgré le double duel final bien sympathique qui manque malheureusement d'impact. Tout cela a au moins le mérite d'offrir une histoire bien fournie.


Parmi les points vraiment positifs on retient les vastes décors avec les étendues désertiques et sensationnelles d'un Mexique aride et ensoleillé contrasté par de vastes étendues de neige venant du Texas. Un message politique clairement dressé de la part du cinéaste qui nous livre un western consacré à la révolution mexicaine dans la mouvance Zapata sans pour autant totalement assumer le concept puisque finalement chaque personnage tire parti de la révolution pour assouvir ses propres intérêts. La partition de Bruno Nicolai allié à Ennio Morricone (qui n'est bizarrement pas mentionné dans le générique) fait des merveilles, moins impactant que dans Colorado et Le Dernier face à face, toutefois elle reste une composition efficace avec des échappées obsédantes.


L’interprétation de Tomas Milian en Cuchillo est formidable, ses numéros de comique me font éclater de rire. J'adore le personnage de Cuchillo qui est très loin de la figure classique du héros des westerns spaghetti. On peut dire qu'il est tout l'opposé des figures emblématique incarnées par Lee Van Cleef, Clint Eastwood, Gian Maria Volontè, Franco Nero... Cuchillo n'a rien de classe ni de charismatique, il est : mal fringué, sale, dénué de bonne manière, souriant, jovial, respectueux, anti-violent, fuyard, menteur, malchanceux... (la liste est longue). Il n'utilise aucune arme à feu, préférant ses couteaux qu'il dissimule un peu partout sur lui. Loin de la figure triomphante et héroïque que l'on peut s'imaginer, Cuchillo est un vagabond anarchique au grand coeur qui ne rêve que de liberté, prenant tout avec légèreté (et non stupidité). Un décalage parfait amenant un héros hors normes qu'il ne faut clairement pas sous-estimer, capable de se soustraire des situations les plus bordéliques et dangereuses, par sa légendaire tchatche où ses fameux lancés de couteux qui ne ratent jamais leurs cibles. Tomas Milian incarne avec perfection la vigueur de son personnage, avec un état d'esprit indubitablement positif et communicatif dont Sollima admet s'être inspiré à travers le rôle de Toshiro Mifune dans Les 7 samouraïs (1954) d'Akira Kurosawa, décidément Kurosawa tu es partout.


De tous les adversaires que Cuchillo affronte : Nathaniel Cassidy (Donald O'brien), Riza (Nello Pazzafini), Colonel Michel Sévigny (Marco Guglielmi)... : les femmes sont celles qu'il craint le plus. Chelo Alonso dans le rôle de Dolores la fiancée de Cuchillo, mexicaine au caractère bien trempé qui ne rêve que de mettre la corde autour de son homme, revenant continuellement à la charge avec toujours plus de sévérité, essayant par là même de sortir son homme des problèmes est amusante et déterminée. Le meilleur vient de la magnifique Linda Veras dans le rôle de Penny Bannington. Le duo qu'elle forme avec Cuchillo est excellent et drôlissime, j'adore. Les meilleures scènes viennent de leur duo improbable, notamment lors de ma séquence préférée : lorsque Linda Veras en tant que soldat du Salut, engage Cuchillo comme bras droit pour l’aider à évangéliser et endoctriner via la bonne parole chrétienne les villages mexicains défavoriser en hurlant les préceptes religieux sur l'interdiction du péché de la chair auquel Cuchillo ne peut se résoudre à dire aurevoir malgré ses efforts. Une scène hilarante.


CONCLUSION :


Saludos, hombre n'est pas le meilleur western du grand Sergio Sollima, néanmoins il réussit à tirer son épingle du jeu grace à son comédien principal Tomas Milian qui porte le film sur ses épaules sous les traits du drôlissime et anarchique Cuchillo, sans oublier l'excellente incarnation de la comédienne Linda Veras. Ce n'est pas un grand western mais je ne bouderais pas mon plaisir devant cette oeuvre grandement sympathique qui parvient à rendre un spectacle tout à fait honnête et mouvementé. J'en veux encore !!!


7,5/10 va donc pour un 8.



L'amour, c'est que tu sois pour moi le couteau avec lequel je fouille en moi.


Créée

le 2 sept. 2020

Critique lue 768 fois

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