Sam a un comportement autistique ainsi qu’un retard mental important. Pourtant, il vit seul et travaille comme serveur. Un jour, il se retrouve père de famille. Malgré ses difficultés, Sam élève sa fille avec l’aide de sa voisine et de ses amis. Mais, le gouvernement lui retire la garde de son enfant le jour de ses 7 ans. Sam décide alors de se battre pour la récupérer.
C’est le deuxième film de Jessie Nelson qu’elle a entièrement écrit et réalisé.
Tout d’abord, Sam, je suis Sam n’est pas un film réaliste. En effet, outre l’histoire abracadabrante, l’importance du handicap du personnage principal l’empêcherait d’être matériellement autonome dans la réalité ; le quotidien se compose d’une charge mentale telle qu’elle le plongerait dans une panique totale. Heureusement, le but de ce film n’est pas d’être réaliste, mais plutôt d’exposer combien les différences de points de vue mènent à l’aveuglement. C’est d’ailleurs moins un film sur le handicap que sur le désenfantement, cette horrible pratique gouvernementale consistant à retirer les enfants à leurs parents, durablement voire définitivement. Cette décision, trop souvent abjecte, est prise par des personnes croyants sincèrement bien faire, mais ne réfléchissant que de leur point de vue.
Le film prend alors une tout autre dimension. Les personnages de Mr Turner ainsi que Calgrove incarnent exactement ces gens persuadés de faire le bien sans réaliser les effroyables dégâts, souvent irréversibles, qu’ils provoquent. Empêtrés dans leurs propres peurs (explicitées par Turner pendant le procès), ils agissent par crainte et en refusant de voir ce qu’ils détruisent. Si des décisions aussi extrêmes sont vitales pour des enfants de criminels ou de personnes violentes, elles sont trop souvent infligées à des parents aimants comme le décrit le film. Le pire est que ces personnes décisionnaires ne sont généralement pas méchantes, juste aveugles. La révélation de la mère adoptive illustre d’ailleurs tout le chemin qui devrait être fait afin de changer de point de vue pour comprendre la situation dans son entièreté.
Les acteurs sont impressionnants. Dakota Fanning, seulement âgée de 7 ans, a amplement mérité les prix qu’elle a gagnés pour sa prestation. Loretta Devine et Richard Schiff campent à merveille ces aveugles sensibles et bien intentionnés. À noter également la présence de Brad Silverman Joseph Rosenberg, deux acteurs handicapés qui jouent leur particularité en limitant volontairement leurs capacités intellectuelles. Enfin, la performance de Sean Penn est proprement stupéfiante. L’acteur s’efforce de prendre les expressions, les mouvements de bouche et même de langue inhérents à certaines formes d’autisme. C’est bluffant.
Sam je suis Sam est, certes, un film dégoulinant de bons sentiments et absolument pas réaliste, mais c’est normal. Cette œuvre est un conte et doit être prise comme telle. Il enseigne l’importance de changer de point de vue avant de juger, et de laisser les gens s’aimer tant qu’ils ne sont pas en danger avéré. À voir et à revoir par tout le monde.